Récit du Trophée Craig Harrison 2011 par Alumyx

Suite au Trophée Craig Harrison 2011, Alumyx rédigeait un récit de son aventure pour le Magasine Softer’s.
Nous vous proposons ici de le (re)lire dans son intégralité, avec quelques photos inédites et exclusives.
Préparez une bonne tasse de thé, réinstallez vous dans votre fauteuil, c’est parti !

Trophée Craig Harrison 2011 :

Il est des jours comme ça où l’on prend des décisions sans trop savoir dans quoi on s’engage… Lorsque Sebastos posta sur Sniperland le samedi 30 avril qu’il souhaitait organiser un trophée snipers inspiré de la Plume blanche, je fus parmi les premiers à crier haut et fort mon intérêt. C’est en tant que spotter de Jean, alias Mossy, que j’ai signé pour un weekend de folie ! Au départ, les règles étaient assez flou, mais en six mois, tout s’est mis en route progressivement… à commencer par les autorisations pour le terrain. Et quel « terrain » ! Un lieu chargé d’histoire, entre châteaux Cathares et maquis de la seconde guerre mondiale. Les chiffres parlent d’eux même : environ 5500 Ha répartis sur 3 communes (Puivert, Nébias et Belvis) comptant des sommets flirtant avec les 1200m d’altitude… Lorsque l’on sait qu’il y avait 3 binômes engagés pour 16 opposants, ça nous fait 250 Ha par joueur… Hors norme ! Gargantuesque ! Effrayant…
Toujours est-il que le temps passant, pendant que certains peaufinaient leur matériel et leur entraînement, de mon côté, pris par de nombreuses occupations, études en tête, je n’ai pas vu venir le jour J. C’est en récupérant Fred (un autre participant) à la gare le vendredi 28 Octobre, que je me suis rendu compte que j’y étais pour de bon. En à peine une paire d’heure, je fis mon sac le lendemain, en attendant que notre chauffeur, Blackout, le spotter de Fred, nous rejoigne en voiture. Pour les répliques, pas de snipe semi pour moi : j’ai toujours joué au bolt, et je ne vais pas changer mes habitudes pour cause de «spotting» ! Ce sera à nouveau mon brave type 96 bidouillé-charcuté-upgradé qui sera de la partie.

Le trajet se passa calmement, ponctué par de nombreuses averses durant les quelques heures du trajet : comme si les jours précédents en alerte orange n’avaient pas déjà suffisamment détrempé le sol ! C’est finalement retardé par un accident de la route dans un col que l’on arriva à Puivert vers 18h. Nous étions les derniers, et c’est avec plaisir que je retrouva Renan et Karl (binôme sniper/spotter), Mossy (mon tireur), ainsi que Sebastos et plusieurs de nos adversaires. Il y avait là un quad sur une remorque, et plusieurs 4×4, ça s’annonçait bien !

Prise de Contact

Après un bref rappel des règles, les « plastrons » partirent se mettre en position, pendant que nous finissions de nous équiper. Le temps passe… il passe tellement que la nuit est déjà tombée lorsque Sebastos est de retour ! Explication de celui ci : « je viens de faire le tour du terrain. ». Presque 2 heures et demi de voiture : il ne nous a pas menti sur les chiffres ! Nous embarquons à bord de 2 tout-terrain, et aussitôt, cap au nord. Après un petit quart d’heure de voiture, on nous lâche sur notre drop zone, en bordure de la sinueuse départementale 12, à mi-chemin du col des Tougnets. Après tirage au sort des objectifs, Sebastos nous distribue nos ordres de missions, et nous dit de potasser la topo en attendant qu’il revienne vers 22h. Le binôme Fred/Blackout hérite de l’indicatif Alpha, Renan et Karl seront Bravo, et nous autres seront Charlie.
On s’empresse alors de regarder sur la carte IGN la position de notre objectif à l’aide des coordonnées UTM qui viennent de nous être communiqué. A vol d’oiseau, la distance est acceptable, mais le relief ne va pas nous faciliter la tache. Avec le franchissement d’une première crête, le retour à la plaine, puis prêt de 500m de dénivelé positif, la distance estimé est de 13km… en coupant par les sentiers ! En effet, afin de récupérer les documents de notre premier indic’ retenu par des miliciens, la meilleure solution reste de faire ça dans l’obscurité. Et comme celle ci va disparaître dans 7 heures, il ne faudra pas traîner. Vu le relief de la région, la nuit presque sans lune ainsi que le brouillard, tenter un azimut brutal serait de la pure folie sur une telle distance. C’est donc en prenant le pari que les patrouilles se feront sur les routes principales que l’on prend l’option de naviguer via les petits sentiers… A 2km/h de moyenne, c’est jouable. D’ailleurs, après avoir consulté les autres binômes, il semblerait que tout le monde ait opté pour cette solution. Nous mangeons alors notre dernier repas au calme, puis je me couche sur mon matelas en mousse en attendant le retour de Sebastos. Mais impossible pour moi de trouver le sommeil ! L’excitation et le stress m’empêchent de dormir aussi sûrement qu’un kilo de caféine !
Plusieurs voitures passent sur la route en contre-bas, et à chaque fois, tout le monde se couche : c’est hésitant au début, machinal au bout d’une heure… sauf que cette fois ci, la voiture s’est immobilisée ! Je sort mon PA, et accompagné de Fred, nous descendons à la rencontre de notre visiteur. Bien qu’ayant reconnu le véhicule qui nous a largué, nous prenons toutes les précautions tant que l’on a pas identifié le conducteur, et c’est accueilli par une double mise en joue que Sebastos refait son apparition : ouf !
Les dernières recommandations sont données, et le binôme Alpha mets les voiles… dans une étrange direction ! Demi heure plus tard, c’est au tour de Renan et de Karl. Vu que nous disposons de moins de temps qu’eux, on en déduit que la distance sera plus courte, mais que pour compenser, le comité d’accueil sera plus épicé. Seul un sourire carnassier de Sebastos vient faire écho à nos hypothèses. Avec le jeu du changement d’horaire, c’est donc à 23:00 que nous commençons officiellement l’aventure !

En route

Premier objectif, suivre la D12 sur un peu plus d’un kilomètre jusqu’au col des Tougnets. On profite de l’obscurité nappée de brouillard pour progresser rapidement… sauf qu’à peine 10 minutes après notre départ, nous repèrons des bruits de pas sourds ! Mossy suspecte un petit troupeau de sangliers, et même si je sais que ces animaux ne sont pas agressifs, je dois avouer ne pas faire le fier avec tout mon barda sur le dos : répliques comprises, il y en a pour à peu près 20 kg, et courir dans ces conditions, c’est tout sauf évident (j’aurais l’occasion de le vérifier par la suite). Pétrifier comme Han Solo dans sa carbonite, j’attends anxieusement que les animaux s’approchent un peu plus. Dans le doute, je guette leur arrivée USP au poing : tomber sur une patrouille aussi tôt, ce serait vraiment le comble de la malchance, mais sait-on jamais… Mossy a sorti son Glock, et c’est tout juste si j’entends sa respiration régulière.
Avec une « visibilité » de moins de 10 mètres, le contact se fait attendre. Deux silhouettes sombres apparaissent finalement, et c’est Jean qui brise le silence part un « Bonsoir… » aussi sobre que surprenant vu les circonstances. C’est en fait le binôme Bravo qui vient de faire demi-tour. Ils nous expliquent qu’ils ont entendu des voix et vu de la lumière un peu plus haut. Après une petite discussion, on décide de reprendre la route. Il s’avère en fait que l’embuscade n’était constitué que d’une campagne du nom de Lapeyrouse ou des habitants isolés regardaient la TV…
Nous reprenons alors la progression en colonne serrée, et arrivés à l’intersection qui marque le sommet, on fait un rapide check-carte. L’objectif est maintenant de récupérer le GR7 jusqu’au col de Lapeyrouse, avant de couper par la Métairie d’en Bor pour finalement retomber sur le GR7. Oui mais voilà, l’obscurité est telle que nous sommes incapable de trouver le sentier de randonnée ! On s’engage un moment sur la D121 qui rebrousse vers Puivert, ou nous rencontrons nos premières vaches. Les paisibles animaux, légèrement effrayés par notre présence fuis dans la direction opposée. Nous finissons par en faire de même pour retomber sur le croisement du col… Finalement, Mossy prend les devants, et nous emmène dans un champ, cap au sud ! En quelques minutes, le bas de ma Gorka est déjà trempé. On aura peut être la chance d’éviter la pluie, mais vu le niveau d’humidité, rester sec, ce sera pour une autre fois !
Arrivés au bout du champ, il faut se rendre à l’évidence, impossible de mettre la main sur ce foutu GR ! Il va falloir couper à travers bois, azimut plein sud pour accrocher enfin un itinéraire potable. La pente et la végétation rendent la progression très délicate, et nous sommes obligés d’allumer un peu de lumière. Après quelques zigzags et autres hésitations, il semblerait bien que nous soyons enfin sur le sentier de randonné ! La progression reprend, rythmé par quelques tâtonnements au fil des intersections. Je me trouve alors en queue de colonne, pendant que Mossy guide le groupe, frontale allumée. Autant vous dire que je ne vois pas grand chose, et lorsque l’on croise la première grosse flaque boueuse, mon pied droit s’y précipite après une magnifique glissade ! Résultat des courses : chaussure droite pleine d’eau boueuse. J’en suis alors persuadé, cette bête erreur va me pourrir la vie durant toute l’OP ! Nous franchissons finalement la crête au col de Lapeyrouse à une altitude de 638m.
Notre groupe de 4 quitte alors le GR7 pour emprunter un petit sentier assez abrupt. La descente s’avère périlleuse tant la piste est glissante. Les gros galets qui tapissent la rampe se dérobent de temps en temps avec un bruit sec. Heureusement, nous arrivons assez rapidement dans un grand champ. Après extinction des frontales, la progression reprend, azimut est-sud-est, en direction de la Métairie d’en Bor. D’après la carte IGN, celle ci sert de gîte d’étape, et vu les 3 véhicules garés aux alentours, l’endroit n’est pas désert ! On contourne soigneusement le bâtiment, en traversant à tour de rôle la zone la plus exposé en longeant un Renault Espace dernière génération.
Il est temps de récupérer notre sentier de randonné. On emprunte pour ça un chemin très raide qui rejoint le GR sur la crête du bois des Costes. Arrivés sur les hauteurs, nous commençons à distinguer le bruits des voitures qui circulent sur la D117, un peu plus de 100m en contre bas. Le GR7 est alors un simple monotrace qui descend en épingles à cheveux vers la plaine. La progression se fait sans soucis, et se poursuit sur un chemin carrossable longeant la départementale. Arrivés au niveau des ruines de la Métairie du Gras, on quitte le GR plein sud. Je prends alors la tête jusqu’à ce que nous atteignions la départementale. Il va falloir la traverser, et très courageusement, je passe le premier. Arrivé de l’autre côté, je saute sur le bas côté détrempé. A ma plus grande surprise, des bruits de pas se rapprochent de moi ! Avec autant de crainte que ce que j’avais de courage il y a 10 secondes, je traverse à nouveau la départementale, et, chuchotant aussi bas que possible, j’indique à mes camarades la présence de contacts potentiellement hostiles de l’autre côté de la route. Tout le monde sort son PA, et nous traversons en groupe la départementale avant de nous engager au plus vite sur la petite route qui dessert le patelin de la Buse Grande. Cette fois ci, les bruits se font bien plus présent… Mon coeur s’emballe à nouveau, et visiblement (si je peux dire vu l’obscurité), Renan se prépare comme moi à essuyer un feu nourri… Mais étrangement, Mossy semble à l’aise et continue de guider le groupe sereinement ! Il faut dire que lui à reconnu depuis un bon petit moment le bruit de chevaux au pas !
Moyennement rassuré, je reprends les devants. La Buse Grande est un point de passage obligé sur notre itinéraire, et les 3 lampadaires blafards qui ponctuent sa traversée n’inspirent pas confiance. J’avance USP au poing en longeant par la droite la petite route, en priant pour qu’aucun chient ne se mette à aboyer, ou pire, à me sauter dessus ! 50 mètres derrière, Mossy m’emboîte le pas, et tout le monde passe à tour de rôle. 200 mètres plus loin, c’est le corps de ferme de La Grange (ça ne s’invente pas !) que nous devons traverser. Galvanisé par mon « exploit », je reprends les devants. La rue fait un double « L » qui obstrue notre visibilité. Je sors prudemment un œil à l’angle d’une remise. A nouveau, une paire de lampadaires illuminent sinistrement une petite place déserte. Je m’engage en direction de l’obscurité salvatrice d’un gros arbre, rapidement rejoint par Karl puis par le reste de notre groupe. Au rez de chaussé, la lueur bleutée d’une télévision illumine une pièce. Il ne faut pas traîner, et nous continuons en direction du petit pont qui enjambe le ruisseau des Mouillère. Avec la pluie de ces derniers jours, le petit cour d’eau mériterait amplement le titre de rivière…
On décide alors de faire un petit check-carte dans un champ, et Mossy en profite pour remplir sa gourde. J’avale une paire de barres énergétiques le derrière avachi dans l’herbe humide. Tout le monde souffle un coup. Pour notre binôme, nous sommes à mis chemin… Et la suite se fera uniquement en monté ! La nuit a bien avancé, il faut reprendre la route.

Une loooongue marche

Deux cents mètres plus loin, nous arrivons à une intersection. Il est temps pour les binômes Bravo et Charlie de se séparer. Nous mettons cap à l’est pendant que Karl et Renan partent à l’ouest. Notre objectif est de rejoindre un GR qui nous permettra de grimper les 500 mètres de dénivelé qui nous séparent de notre objectif. En longeant un champ, c’est tout un troupeau de vaches qui se met à nous fuir, à grands renforts de cloches ! Bonjour la discrétion ! D’autant plus que tant que nous sommes dans la plaine, il va falloir encore éviter des hameaux. On opte donc pour un contournement nord de Camp Sylvestre. Au loin, j’aperçois les premiers signes des rondes de nuit : sporadiquement, un spot surpuissant balaye la plaine.
Nous ne sommes plus qu’à quelques centaines de mètres de Nébias lorsque l’on oblique au niveau du camping de la Fontaulié Sud pour entamer l’ascension. A travers une haie d’arbres, on distingue la piscine à sec de l’établissement. Seule une petite lueur à travers les volets de ce qui devait être la loge trahis une présence humaine. Sans s’attarder, nous nous engageons sur le fin bandeau d’asphalte gravillonneux, en profitant de sa couleur claire pour progresser rapidement sans lumière, malgré l’ombre des arbres.
Marcher est devenue un réflexe plus qu’une volonté. Je suis aveuglément Mossy qui s’enfonce dans la forêt. Le temps passe inflexiblement, et c’est tout juste si l’animation de la faune nocturne vient nous rappeler que nous ne somme pas seuls en ces lieux.
En arrivant à une épingle à cheveux, nous nous arrêtons. J’en profite pour avaler une barre énergétique pendant que mon binôme fait un petit peu de topographie… Il semblerait que nous nous soyons trompé de chemin : alors que l’on avait prévu de prendre un GR qui coupait au plus court, nous sommes en train de suivre un chemin carrossable qui effectue le même trajet, mais de manière moins abrupte. Le trajet sera plus long, mais d’un autre côté, la pente sera plus faible, et la progression pourra continuer sans aucune lumière.
Le jour se lève dans moins de deux heures, il faut activer ! A nouveau, une longue progression monotone nous attend. La fatigue aidant, je ne me rend même pas compte de la pente à 10-12%. Je marche, et c’est tout ce qui compte.
Nous arrivons finalement au lac de Tury, une retenue artificielle d’une centaine de mètres de long, à flan de montagne. Mais impossible de faire le plein d’eau : le lac est grillagé, et nous sommes à 1500 mètres de l’objectif : il ne faut pas perdre de temps. Nous réglons nos radios, et reprenons notre progression. La tension est montée d’un cran, mais la fatigue a définitivement prit le dessus. Je marche derrière Jean qui fait régulièrement des pauses pour écouter attentivement les bruits environnants. A l’occasion de l’une de ces pauses, je rentre littéralement dans le dos de mon sniper ! Dormir debout n’est pas qu’une expression… je le découvre à mes dépends !

Adrénaline

A proximité de la cible, nous décidons de nous délester de nos sacs, que l’on cache dans le fossé, entre de grosses fougères. Avec 14kg en moins, on se sent de suite plus léger, mais ce poids en moins sur les épaules incite encore plus à la somnolence…
Alors que nous nous approchons d’une intersection au niveau d’un refuge, deux spots illuminent la clairière qui entoure les bâtiments. En quelques secondes, le rush d’adrénaline a complètement anéanti ma fatigue. J’ai l’impression de mieux voir et de mieux entendre. Après plus de six heures de progression à jouer la proie, cette fois ci, le prédateur, c’est moi ! Face à nous, les toutes premières lueurs de l’aube éclairent très faiblement les nappes de brouillards qui glissent sur la piste.
J’entends Mossy qui arme son bolt à la vitesse d’un escargot, et je m’empresse de l’imiter : jamais je n’avais mis autant de temps pour tirer sur le levier d’armement. Presque dix secondes plus tard, le petit « clic » du piston sear vient soulager mes biceps. Tout aussi lentement, nous ramenons la culasse en avant. La symbiose est parfaite.
En face, plus de lumière, tout juste la très légère crépitation du gravier humide qui se rapproche. Jean se relève, et marche sur une dizaine de pas en longeant le bord du chemin, aussi silencieux qu’un chat. Je le suis de très prêt sur ses 8 heures.
Progressivement, une première silhouette se dessine dans la trouée du chemin, rapidement rejoint par une seconde. La très faible lueur de l’aube découpe au scalpel les contours de nos contacts dans le brouillard. Avec une lenteur remarquable, nous posons tous deux nos genoux à terre. Il est temps d’agir, et je chuchote aussi faiblement que possible : « Tu prends celui de droite, moi celui de gauche. » Je vise le ventre de ma cible, son buste étant toujours masqué par la brume. Nouveau chuchotement « A trois… ». Ma respiration se ralentie, mais mon rythme cardiaque s’emballe… « trois… deux… un… »
Il est très précisément 6h31, et un bruit sourd vient de se fait entendre, suivi immédiatement d’un caractéristique : « Tatac ! » La cible de gauche s’écroule dans un râle d’agonie, mais celle de droite traverse accroupie le chemin en reculant, puis saute dans un fossé. [En fait, notre deuxième plastron n’a pas senti la bille, et comme un seul tir s’est fait entendre, il en a naturellement conclu qu’il n’était pas touché.]
Pendant que Mossy balaye la zone à travers sa lunette, je me décale sur la gauche du chemin, toujours dans le couvert de l’ombre des arbres. A travers ma lunette, une tache sombre tranche dans le fossé recouvert d’herbe claire. J’attrape mon PTT, et je souffle furtivement : « J’ai un visuel droit devant, je m’en charge. Soit prêt à faire feu. » Raide comme un « I », je prends ma visée. La tache est toute petite, est-ce vraiment lui ? Une dernière respiration, et je presse la détente. « Chtoc ! » Nouveau râle d’agonie. Cette fois ci, les deux sont à terre.
Mossy s’enfonce dans le bois sur notre droite, pendant que je continue de progresser le long du chemin. En arrivant au niveau de la clairière, j’enjambe le premier cadavre étendu au sol, en écartant son arme du bout du pied. La zone est affreusement dégagée, mais le silence qui nous entoure laisse supposer que nous sommes à nouveau seuls. Je passe mon fusil dans mon dos tout en sortant mon USP de son holster. Face à moi se trouve un bâtiment d’une taille respectable le long duquel est garée une Alpha-Roméo noire.
Le cœur à 100 à l’heure, j’inspecte l’habitacle PA à la main à la recherche de notre informateur, mais les sièges ne sont encombrés que par des bagages. J’informe par radio Mossy de mes inspections, et je continue à faire le tour de la bâtisse. A chaque angle, c’est un nouveau moment d’angoisse. Mais les environs semblent affreusement déserts. Juxtaposée à la construction principale se trouve une petite masure. J’y ose un coup d’œil à travers un volet défoncé : l’intérieur est parsemés de débris : pas âme qui vive ici non plus.
Je retrouve Jean un peu plus loin, dans un bois où sont dispersées quelques tables en bois. Mon rythme cardiaque revient plus ou moins à la normale, et nous continuons de fouiller la zone. Dépité, je finis par lâcher un fébrile « Partisan ! » qui résonne comme un coup de fusil dans le calme de l’aube naissante. Aucune réponse. Je réitère deux ou trois fois mon appel qui reste sans réponse. Tout à coup, un doute affreux vient torturer mon esprit : et si nous avions abattu l’informateur ? Après tout, il aurait très bien pu être escorté par un garde pour aller se soulager dans un coin ! J’informe mon binôme de mes craintes, et je file vérifier d’un coup de lampe le visage de nos cibles pendant que mon sniper ratisse la zone.
Je tombe en premier sur « le mort du fossé » : ouf, ce n’est pas l’indic’ ! [Par contre, je constate avec épouvante que le verre droit de ses lunettes est couvert de sang. Après m’être platement excusé auprès d’un joueur heureusement très expérimenté et on ne peut plus fairplay, celui ci m’explique que la bille l’a heurté en plein dans l’arcade, d’où les dégâts, heureusement plus impressionnants qu’autre chose. Il n’empêche, en 4 ans d’airsoft – et de sniping – c’est la première fois que je fais saigner un joueur, et je ne me le pardonne toujours pas…]. Je passe rapidement au deuxième cadavre, mais là aussi, son visage ne correspond pas avec celui de notre informateur.
En retournant vers les tables de pique-nique, impossible de retrouver Mossy qui ne répond plus à la radio ! Après le rush d’adrénaline d’il y a dix minutes, mon dos couvert de transpiration me transmet maintenant la fraîcheur du petit matin. Je grelote autant de froid que de d’effroi : pourvu qu’il ne se soit pas fait descendre ! L’inquiétude me gagne de plus en plus : chaque arbre, chaque buisson, chaque fougère représente maintenant une menace. Avec la température qu’il fait, au mieux, je pourrais répliquer de deux ou trois billes avec mon GBB, avant un inévitable dégazage. Je garde donc mon PA crispé dans les mains. Les minutes passent, et je finis par apercevoir une silhouette reconnaissable entre mille… Quel soulagement !

Contact

Nous revenons sur un chemin, et peu de temps après, on fini par apercevoir un feu de camp. Je rentre dans le bois sur ma droite pendant que Mossy file par la gauche. Le sol saturé d’eau et recouvert d’aiguilles de pin n’émet presque aucun bruit sous nos pas. Nous sommes à environ 100 m du feu lorsque un garde qui était allongé derrière celui ci se lève pour jeter quelques branches dans la flambée avant de se recoucher sur le flan. Les yeux face aux flammes, il ne risque pas de nous voir dans l’obscurité de la forêt. J’informe Mossy par radio de la présence hostile, et nous continuons notre progression. La distance fond peu à peu, et je finis par distinguer le campement niché dans les arbres, au dessus de la clairière desservi par la piste. Très prudemment, je continue de m’avancer, USP au poing.
Je finis par distinguer clairement 2 tentes et un tarp. Il me semble même qu’un duvet dépasse légèrement de ce dernier ! « Mossy, je crois que j’ai un contact qui dort à 10 mètres de moi ! » Deux pas de plus, et un très léger ronflement se fait entendre ! « Je confirme le contact qui dort. Je m’en approche. »
La situation est épineuse, car 15m plus loin, légèrement en contre bas, au milieux de la clairière se trouve la sentinelle qui ne dort que d’un œil… Sur la pointe des pied, je m’approche du tarp, que je soulève délicatement. D’une main, je secoue très légèrement le duvet, tout en le pointant au PA de l’autre. Le gars se réveille sans trop comprendre ce qu’il lui arrive. Ne voyant pas son visage dans l’obscurité, avant qu’il ne puisse dire quoi que ce soit, je lui souffle « Si tu cris, tu es mort… » Alors qu’il s’apprête à répondre, je lui fait signe de ne pas faire de bruit. Les yeux écarquillés, c’est en chuchotant un discret « C’est bon, c’est moi l’informateur », qu’il me passe une fiche plastifié. Tout en gardant un œil sur le garde somnolant, je lui demande alors si l’on doit l’exfiltrer. Réponse négative.
« Mossy, j’ai les infos, on peut filer. » « Et le garde en bas ? » « Je peux le freezer si tu veux… » « Ça ne nous rapportera rien… » [Seuls les outs du sniper rapportent des points.] « A y être… Son arme est posé au sol, si il bouge trop, tu le déquilles… » Je me relève, et je contourne le tarp en évitant les suspentes. Alors que je suis à moins de 10 mètres de ma cible, celle ci se lève dans ma direction. Sans chercher à savoir si je suis la cause de son mouvement, je lui loge d’un tir réflexe une bille dans la cuisse. Malgré mes craintes, et en dépit du froid, mon GBB a parfaitement fonctionné, et ma cible s’écroule. Je saute dans la clairière, et en filant en direction de la piste, je lance à haute voix : « On dégage ! ».
Aucun bruit derrière nous, visiblement, nous avons totalement nettoyé le campement ! A petites foulées, on s’engage à nouveau dans le bois. Nous avons à peine le temps de nous enfoncer dans la végétation que deux contacts marchants sur le chemin se font entendre. Mossy prend une mesure au télémètre : 58m. Au prochain virage, ils sont pour nous ! Mais les cibles progressent les bras en l’air, ce sont les deux sentinelles que l’on a shooté il y a une demi-heure.

Nouvel Objectif

Finalement, on décroche : objectif, récupérer nos sacs ! Nous progressons au cap à travers la forêt de résineux, et après quelques hésitations, nous finissons par retrouver la piste le long de laquelle se cache notre barda. Nous la suivons depuis une petite minute lorsque le bruit d’une voiture se fait entendre ! « Voiture ! » Quelques secondes plus tard, après un plongeon mémorable, une Twingo 2 nous dépasse paisiblement.
Nous remontons sur le chemin, et trouvons finalement nos sacs une dizaine de mètres plus loin. Il est temps de faire le point… On s’enfonce alors d’une 20aine de mètres dans le bois pour se cacher. La pente est très raide, et le sol couvert d’épines de sapin est une véritable éponge sur laquelle pousse une quantité incroyables de champignons.
La carte que viens de me donner notre informateur est plutôt sommaire… Elle se résume aux informations suivantes : « Informateur Camp Bonnaure, horraire : de 21h à 23h, cyalume blanc »… Pendant que Mossy fait un peu de topo sur son GPS, je déplie la carte IGN. Il faut croire que la chance est avec nous ce matin : je tombe immédiatement sur ce que je cherchais. Camp Bonnaure est un tout petit patelin d’une quinzaine de maisons, à l’ouest de la Grange, dans la vallée. Il va falloir redescende 500m de dénivelé, mais nous avons du temps : il est un peu plus de 7 heure du matin, nous avons donc 14 heures devant nous. Seulement, progresser de jour, ce n’est pas la même histoire que de nuit… De plus, il devient urgent de trouver un point d’eau pour refaire nos réserves. Très rapidement, nous décidons d’un commun accord de prendre un azimut plus ou moins brutal vers la « Font de l’Alet » (une « font » est une source en occitan), qui se trouve à 1500m à vol d’oiseau au sud de notre objectif du soir.
Mossy me laisse prendre les devants, et pour éviter de tomber sur des patrouilles venues au secours de nos premières victimes, je décide de commencer par un contournement « un peu » violent. La forêt s’éveille, et les premiers rayons de soleil nous réchauffent lentement. Après une grosse demi-heure de marche, nous nous retrouvons dans un véritable paradis qui n’aurait pas à rougir devant la flore de Pandora ! Une mousse épaisse et fluo recouvre absolument tout, à tel point que l’on n’est jamais sur de poser les pieds sur une surface solide. Il nous arrive de nous enfoncer profondément à travers une couche disparate de branches en décomposition recouvertes de végétation. Les rochers apparaissent tel de grosses boules vertes sur lesquelles poussent des fougère extravagantes. Au dessus d’un ravin, un arbre couché sert de pont naturel. Ici, la nature semble immaculée, et nous devons êtres les premiers humains à fouler ce sol étrange depuis bien des années. Après une petite escalade à travers ces décors idylliques, nous mettons cap au nord ouest à travers la forêt domaniale de Callong Mirailles, en longeant à distance respectable un chemin de randonnée. Plusieurs fois, nous évitons des ramasseurs de champignons. L’un d’eux a d’ailleurs bien failli nous repérer lorsque son chien s’est fait plus curieux. Nous marchons espacés d’une grosse vingtaine de mètres, et seuls les bruits de la forêt nous forcent de temps à temps à nous arrêter : ponctuellement, la chute d’une branche morte résonne dans la pénombre du sous bois.
Sur la piste que nous longeons, une paire de voitures nous dépassent, puis se garent une centaine de mètres plus loin. Cette fois ci, il va falloir changer de côté : les bois commencent sérieusement à devenir hostile ! A tour de rôle, nous traversons la piste tels des fantômes, et reprenons notre progression en direction du col du Bélier, où nous réalisons un nouveau check carte. A ce moment là, j’avoue être un peu perdu, et en vieux routard, Mossy s’en amuse. Je lui montre sur la carte la position où je suppose que nous sommes. A mon grand soulagement, mon maître en la matière m’indique à son tour une position pas très éloigné. Notre marche reprend son cours, ponctuée de quelques arrêts topographiques. Nous nous permettons même le luxe d’emprunter durant une centaine de mètre une piste carrossable, que nous sommes contraint d’abandonner lorsque de nouvelles voitures l’empruntent. Nous approchons alors du Mont Trabanet, qui culmine à 1136m. En souhaitant éviter un nouveau groupe de ramasseurs de champignons, nous nous engageons dans un contournement du sommet, en longeant les lignes de niveaux. Le soleil est alors déjà assez haut dans le ciel, et mon estomac me rappelle qu’il serait temps de manger. Trouver cette source devient très important : nous sommes à sec tous les deux depuis une bonne heure, et notre nourriture est lyophilisée…
Arrivés au lieu dit du Tournier, nous entamons la descente. Mossy me montre les nombreuses traces de passages de chevreuils : arbustes rongés, feuilles tendres de ronces arrachées et de nombreuses déjections parsèment la zone, mais aucun animal n’a le cran de se montrer. Il faut croire que, malgré tous nos efforts, nous sommes encore trop bruyants. Alors que la pente commence à s’accentuer, nous nous immobilisons en apercevant un ramasseur de champignons isolé. Celui ci ratisse la zone en s’accroupissant fréquemment. Absorbé par sa cueillette, il ne nous a toujours pas vu. Idéalement, il faudrait passer sans se faire voir, mais cela fait déjà un bon quart d’heure que nous sommes bloqués, et la situation ne semble pas évoluer favorablement tant le bois semble prolifique en cèpes et autres délicieuses moisissures. Alors que le vieil homme nous tourne le dos, nous nous engageons finalement en dévalant silencieusement la pente. Malgré les doutes de Jean, je reste persuadé que nous sommes passés inaperçus !
Les résineux laissent peu à peu la place à des feuillus rougissants, premiers signes d’un automne en retard qui pointe son nez. La pente, de plus en plus raide, nous ramène peu à peu vers notre objectif. Alors que le GPS semble déjà flairer la source, nous entendons un groupe de personnes discuter en contre bas. Les aboiements de chiens ne laissent que peu de doutes sur l’identité de ceux ci : ce sont très certainement des chasseurs. Mossy me fait part de ses craintes : si ce sont des chasseurs de sanglier, il est possible qu’ils profitent du point d’eau pour vider et nettoyer leur gibier, auquel cas, on risque d’attendre notre tour un bon moment ! Mais rapidement, nous entendons claquer deux paires de portières, suivi de peu du départ des voitures.
Nous reprenons alors notre chasse à l’eau, mais il n’y a rien à faire, la font de l’Alet a décider de jouer avec nos nerfs. A tel point que nous arrivons finalement sur la piste empruntée par les chasseurs sans avoir rien découvert du tout. La zone est un peu plus plate. Nous nous engageons toujours plus au nord dans un bois des plus denses lorsque nous apercevons enfin un trou boueux qui coule lamentablement de flaque en flaque. Enfin de l’eau !

Continuer ou Abandonner

Le sol recouvert de feuilles mortes est d’une humidité extrême. Toujours pas de pluie en vue, mais il est néanmoins impossible de s’asseoir sans se tremper. Après m’être débarrassé de mon sac avec un plaisir non dissimulé, je déroule mon matelas de mousse pour que l’on puisse se poser au sec. Il est temps de se préoccuper plus sérieusement de notre ravitaillement en eau. Un fin filet d’eau coule paisiblement dans la plus grosse flaque. Après avoir creusé dans la boue en dessous de ce filet, j’enfonce mon quart au raz du liquide trouble pendant que Mossy capte l’eau courante à l’aide d’une paille. Très lentement, le quart se rempli d’une eau étonnamment claire, même si un peu de limon se dépose peu à peu au fond du récipient. En une paire de minutes, nous avons capté suffisamment du précieux liquide pour mettre en marche le mini réchaud à gaz.
Afin de réduire au maximum notre emport, nous avons opté pour des plats lyophilisés. Cela réduit par 3 le poids de la nourriture, mais demande bien entendu de trouver l’eau en question ! Pendant que celle ci commence à bouillir, j’hésite cruellement entre la paella et le bœuf au curry. Je fais part de mon épineux dilemme à Jean qui me répond placidement en me demandant « Quel est le plus calorique ? » « La paella. » « Alors n’hésites pas, prend la paella ! ».
Avaler un repas chaud à midi est la première chose « normale » que l’on fait depuis le début de l’OP ! Le seul point qui dénote vraiment, c’est que, par simple précaution, nous continuons à parler à voix basse… au cas où. Étonnamment, la nourriture réhydratée me semble vraiment délicieuse… même si le riz aurait mérité cinq bonnes minutes de plus pour ne plus croustiller comme des céréales.
Une fois le ventre plein, il est temps de remplir nos Camel-Back. Impossible cette fois de faire bouillir 4 litres d’eau, on opte donc pour la solution « pastilles militaires au chlore », qui ont la sale réputation de rendre l’eau imbuvable. Mais à vrai dire, ma poche donne tellement un goût de plastique que le chlore ne se fait pas tellement sentir, et si on oublie le petit crissement sous la dent, j’ai l’impression de boire l’eau du robinet !
Nous remballons rapidement notre barda, et, après un ultime check carte, on décide de continuer notre progression avant de nous poser sur les hauteurs surplombant camp Bonnaure pour profiter d’une sieste bien méritée ! La pente se fait de plus en plus raide, et nous avançons tantôt par les chemins, tantôt par les bois. A la faveur d’une clairière, nous apercevons pour la première fois l’objectif, à un gros kilomètre à vol d’oiseau. Il est temps de se trouver un coin tranquille. Mais le terrain ne nous facilite pas la tache : la pente à plus de 45° rend la sieste pour le moins acrobatique ! Heureusement, nous finissons par tomber sur une paire de sapins tellement gros que leurs troncs retiennent en parti la terre et forment deux petites corniches naturelles. C’est presque trop beau pour être vrai ! Ni une ni deux, nous posons à nouveau les sacs, et commençons à nous installer. Je vous passe les détails sur des besoins tout à fait naturels que mon binôme a eu la décence de ne pas immortaliser en photo… on a beau jouer les durs, quand faut y aller, faut y aller !
Par sécurité, j’avais emballé toutes mes affaires dans des sacs poubelles, pour éviter qu’elles ne prennent l’eau. Je sors donc mon duvet totalement sec, et commence à me déshabiller. Pour bien dormir, il est une règle essentielle : dormir au sec ! J’ai donc prévu 3 paires de sous-vêtements. Lorsque j’enlève ma chaussette droite, ce que je vois viens confirmer mes craintes : mon pied qui a pris l’eau il y a plus de 10 heures ressemble bien plus à une larve alien qu’à son voisin de gauche… Il va falloir faire avec. Le bon point, c’est que pour le moment, il ne me fait pas trop souffrir, et, surtout, je n’ai pas d’ampoule. Après avoir accroché ma Gorka sur des branches basses pour qu’elle puisse sécher un petit peu, je me glisse dans le duvet avec délectation ! Il est 14:00, et nous décidons de dormir trois heures pour pouvoir sortir du bois de jour.
En équilibre précaire sur cette petite corniche, je dors profondément lorsque le téléphone vibre ! Atrocement enfariné, je regarde le nom de l’appelant : Fred ! Je décroche, et celui ci m’explique que le binôme Renan-Karl a abandonné, physiquement épuisé. Lui même hésite à continuer… J’étais tellement endormis à ce moment là que je ne me rappelle pas très bien ce que je lui ai dit, toujours est-il que je finis par le convaincre de continuer, et je me rendors dans la seconde suivante !
C’est Mossy qui me réveille à 17:00. Je serais bien resté 10 heures de plus à roupiller dans mon duvet, mais ce n’est pas vraiment compatible avec nos objectifs… Lorsque je vous disais que l’on s’engage parfois dans des aventures pas possibles… Ma Gorka a un peu séchée, ce qui n’est pas du tout le cas de ma chaussure droite. Avec un enthousiasme démesuré je renfile donc ma tenue humide par dessus mes sous-vêtements propres et secs.
La bonne nouvelle, c’est que je trouve mon sac étrangement léger ! C’est fou comme l’on s’habitue rapidement au poids… La marche reprend lentement, azimut nord-ouest, direction Camp Bonnaure. Dans un premier temps, les bois sont entretenus et dégagés, et nous n’avons aucun mal à soutenir une moyenne respectable. Mais plus nous nous rapprochons de la plaine, plus la végétation se fait dense. Au bout d’un certain temps, nous tombons face à face avec un mur de végétation où le buis et les ronces semblent se défier dans une compétition acharnée. Nous n’y échapperons pas, il va falloir jouer les sangliers sur plusieurs centaines de mètres. La progression ralenti brutalement, et il nous faut parfois plusieurs minutes pour franchir une dizaine de mètres. Le temps, lui, passe inexorablement, et déjà, l’obscurité reprend ses droits. Au grand désespoir de Mossy, je suis incapable de progresser silencieusement dans cette végétation aussi dense avec mon barda sur le dos. C’est donc avec un très grand soulagement que nous atteignons enfin la lisière du bois à la tombée de la nuit ! Il est 18:30 passé, et les affaires ne vont pas tarder à reprendre !

Après avoir traversé une paire de champs bordés de hautes haies, nous débouchons enfin sur la vaste plaine qui entoure Camp Bonnaure. Au delà du petit affluent asséché du Blau que nous venons de traverser, le paysage change du tout au tout. La zone extrêmement dégagée pourrait facilement se résumer de la sorte : de nombreux et immenses champs labourés entrecoupés par des chemins agricoles rectilignes. Au loin brillent les lumières du patelin, et quelques kilomètres plus loin, toujours dans la même direction, c’est Puivert que l’on distingue. Vu qu’il est encore très tôt malgré la nuit, nous décidons de garder nos distances, mais de continuer de nous rapprocher en longeant le fossé boisé sur notre gauche.
Prudemment, nous suivons la bordure d’un champ gigantesque. Au loin, une vache enrhumée tousse régulièrement. Mossy a beau se lancer dans un cour vétérinaire, j’avoue avoir du mal à faire le distinguo entre une toux humaine et cette toux de ruminant. C’est donc très moyennement rassuré que je déambule dans l’obscurité.
Arrivés à 400 mètres des premières maisons, nous décidons de nous arrêter : le rendez-vous est encore loin, inutile de se presser ! Sans prendre la peine de me débarrasser de mon sac à dos, je m’affale dans l’herbe humide aux côtés de Jean. A voix basse, nous débattons du plan à suivre… Faut-il tenter une infiltration dès 21:00 ? Ou aura-t’on plus de chance de prendre au dépourvu les patrouilles en retardant au maximum notre tentative ? A quoi faut-il s’attendre comme opfor ? Doit-on rester groupé ou doit-on au contraire se séparer ? Les hypothèses et leurs différentes solutions ne manquent pas… Après un débat digne d’une réunion d’état major, nous optons pour la solution suivante : plus on commencera tôt, plus, plus on aura une grande marche de manœuvre : l’objectif est donc de rencontrer l’informateur dès les premières minutes du rendez-vous. Enfin, pour éviter que mon sniper ne prenne trop de risque, ce sera moi qui prendrait les devants, suivi de loin par Mossy.
Il est 19:20, et nous avons donc près de deux heures à patienter. Au loin, les premières frontales font leurs apparitions, souvent par groupe de 3 ou 4. Très rapidement, la zone se met à fourmilier de petits points lumineux. Il est très difficile de les dénombrer, car ils sont tous en mouvement, et seulement visibles par intermittence, mais je suis certain qu’ils sont au moins une dizaine. Dans un arbre au dessus de nous, un rat en pleine parade nuptiale s’égosille de toutes ses forces. L’inactivité me tire sur les nerfs, et je tente de me relaxer autant que de me reposer. Mais il n’y a rien à faire, impossible de détacher mes yeux des lueurs bleutées qui ondulent le long des chemins.
Vers 20:30, nous décidons de nous remettre en mouvement. Après avoir hésités, nous gardons finalement tout notre barda sur le dos : il est possible que l’on ne repasse pas par ce point, inutile donc de faire des allés-retours. Toujours le long de notre fossé, nous progressons lentement plein ouest lorsque un puissant faisceau de spot balaye le champ. Instinctivement, nous nous mettons à genoux pour masquer nos silhouettes. Tant que nous sommes le long de la haie, nous ne risquons pas grand chose… Mais inévitablement, il va falloir traverser ce maudit champ labouré, et là, difficile de passer inaperçu ! D’autant plus qu’un deuxième spot s’allume de l’autre côté de notre objectif. Les patrouilles sont à 200/300 mètres de nous, tout au plus, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elles sont actives.
L’horloge tourne : il est temps de tenter la traversée. 300 mètres de terre labourée totalement inhospitalière…

Prudence

Je prends les devants, et Jean me suit, une cinquantaine de mètres derrière. Les spots se font de plus en plus oppressants. Dès que l’un d’entre eux croise ma trajectoire, je m’accroupis puis regarde fixement le sol, la casquette vissée sur le crane : pourvu que la visière empêche tout reflet de mes lunettes de protection ! Plusieurs fois, la lumière s’immobilise longuement sur moi. Accroupis dans la terre humide, je reste figé tel une statue de marbre. Le moindre mouvement, et c’est le début des emmerdes ! Autant vous dire qu’entre ce que l’on a dans les pattes, et ce que l’on a sur le dos, rester ainsi immobile est une véritable torture. Heureusement pour nous, au bout de deux ou trois minutes, nos adversaires finissent par douter de ce qu’ils voient, et se mettent à chercher ailleurs.
A ce petit jeu de « un deux trois soleil », je progresse peu à peu en direction de camp Bonnaure. Le moral commence à remonter, et j’échange deux trois mots par radio avec Mossy. On les aura à la patience ! Mais tout à coup, j’entends dans mon oreillette : « Surtout, ne me contacte plus, je crois que j’ai été repéré à cause de la led de ma radio ! ». Tout était trop beau pour être vrai…
En attendant anxieusement des nouvelles de mon binôme, je continue inexorablement ma progression. A nouveau, la radio crépite faiblement dans mon oreille : « J’ai réussi à me planquer dans le fossé, mais je pense pas pouvoir traverser le champ à mon tour : tu vas devoir faire ça en solo cette fois ci… » Mais pourquoi ça tombe toujours sur moi ce genre d’affaire ?!? Après avoir fait part de mon « enthousiasme » par les ondes, je continue de me traîner en avant, courbé sous les kilos de mon sac. Un chemin me barre la route, et je m’empresse de le traverser. Sur mes onze heure, une patrouille campe sur les hauteurs, à l’ouest du village, pendant que sur mes deux heure, une autre patrouille fouille les champs à grands renforts de projecteurs, à moins de 100 mètres de ma position.
Plus je me rapproche des maisons, plus je me dis que le plus dur est passé. A une cinquantaine de mètres face à moi se trouve un jardin qui descend en pente douche vers le champ que je traverse péniblement : c’est mon ticket d’entrée à Camp Bonnaure ! Avec un soulagement énorme, je quitte la terre retournée vers ce que je crois être une superbe pelouse. Mais très rapidement, je me retrouve avec des ronces jusqu’à mi-cuisse ! Traverser une telle barrière végétale en silence, c’est mission impossible… Je contacte Mossy par radio pour lui exposer ma situation. Celui ci semble plus intéressé par la fin de ma traversé du champ que par mes difficultés à venir. « Prend ton temps, le bruit n’est pas une fatalité ! » (Non mais franchement, a-t’on idée de sortir des phrases toutes faites comme ça dans une telle situation ?) « Tu es bien face à la grosse maison à l’ouest du village ? Si une patrouille se rapproche de toi, je te préviendrais. »
Avec la discrétion d’un Bulldozer, je progresse centimètre par centimètre dans cet enfer d’épines. A ma plus grande surprise, aucune patrouille ne semble attirée par l’effroyable raffut que génère le roncier sous mes pas, et c’est avec satisfaction que je sors de celui ci pour tomber, tête la première, dans un énorme tas de fumier ! L’expression « y être jusqu’au cou » me semble ici tout à fait adaptée…
Je traverse sur une trentaine de mètres le jardin et sa pelouse que j’attendais tant pour me réfugier sous la terrasse d’une belle maison. Nouveau contact radio avec Mossy, qui, à ce moment précis, doit être encore plus stressé que moi ! Je me débarrasse de mon sac dans les 80 centimètres de vide qui séparent la dalle de béton du sol, et me lance pour de bon dans l’infiltration du village.
Au dessus de la terrasse, le sol est recouvert de graviers blancs qui crissent violemment sous mes pas. Alors que je râle intérieurement contre cette nouvelle nuisance sonore, tout à coup, le jardin s’illumine de milles feux ! Je fais volte face et retourne me cacher sous la terrasse ! Des détecteurs de mouvement, c’est bien ma veine ! USP au poing, j’attends fébrilement qu’une patrouille vienne vérifier la raison de cette lumière. Mais rien ne vient… Si je continue d’attendre, la lumière va à nouveau s’éteindre… Ni une ni deux, je prends la décision de profiter de la situation pour franchir le jardin. Avec le type 96 dans le dos, je me dirige à pas de loup vers le portillon, qui, évidemment, se trouve être fermé à clef. La clôture ne me laisse pas trop le choix, il va falloir grimper par dessus l’un des piliers en béton qui ceinturent le portail. Accroupi au sommet du poteau, j’observe le petit bout de rue devant moi : c’est le calme plat en ce début de soirée. Je repasse le fusil dans mes mains, et tel un chat, je saute de mon perchoir, l’oeil dans la lunette. A mon atterrissage, la première chose que je vois, c’est une personne au bout de la rue, à tout au plus 50 mètres. Ce qui me semble être un téléphone portable émet une lueur bleutée sur le visage de mon contact. D’un coup de zoom, j’identifie plus en détail ma cible. Le treillis militaire ne laisse aucun doute… J’aligne donc ma cible sur mon mil-dot lorsque je me rend compte que le téléphone portable est en fait un cyalume bleuté ! Le message disait pourtant « cyalume blanc »… Dans le doute, je re-passe mon fusil dans le dos, et USP au poing, je progresse en direction de la lumière.
Alors que je ne suis plus qu’à une dizaine de mètres de l’individu, celui ci se retourne dans ma direction. Je m’immobilise en le mettant en joue. L’homme me regarde perplexe, puis avance à ma rencontre. Je l’imite, et en indiquant le cyalume d’un mouvement de menton, je murmure : « C’est considéré comme blanc ça ? » « C’était pourtant ce qu’il y avait marqué sur l’emballage… »

Gros soulagement intérieur… Sebastos, mon contact, me fait signe de le suivre au moment où un vieil homme sortait ses poubelles. Nous nous engageons dans une petite ruelle non éclairée. J’apprends alors que je suis le premier à avoir établi le contact. Du coup, nous héritons de la cible du binôme Bravo qui a abandonné dans l’après midi. On me passe donc deux fiches plastifiées plutôt avares en informations… Cela se résume pour chacunes d’entre elles à la mention « cible prioritaire » et une photo. Sebastos me donne alors le lieu et l’heure du rendez vous : demain, 11:00, au PC du Maquis. Nous avons une fenêtre de tir de 3 minutes, pas une seconde de plus !
Alors que je pense en avoir finis avec mon contact, celui ci me fait signe d’attendre… Il sort une 3ème fiche plastifiée, et m’annonce de but en blanc que nous allons peut être avoir une autre cible en cas d’abandon du binôme Alpha. Mais comme ce n’est pour l’instant qu’une hypothèse, je ne repartirais pas avec la fiche. Je fais alors tout mon possible pour retenir le visage de l’inconnu à la lumière bleutée du cyalume. Et vu mon incroyable mémoire des visages, cumulée avec la fatigue, ça va être coton ! Bon, la 30aine, visage massif, cheveux courts bruns, et bouc-moustache. Il faudra faire avec !

Exfiltration

Ayant obtenu ce que je cherchais, je m’éclipse silencieusement dans l’ombre de la ruelle. Hors de question de repasser par le jardin et son détecteur de mouvement ! Je contourne alors la maison de l’autre côté, et je finis par découvrir un étendoir à ciel ouvert à l’arrière de l’habitation. En prenant le soin de bien refermer le portillon avec son morceau de fil de fer, je retombe rapidement sous la terrasse, et récupère avec un plaisir mitigé les 14kg de mon sac à dos ! D’un coup de radio, je préviens Mossy que je suis sur le chemin du retour… Encore faudrait-il que je sache par où passer !
Le grand jardin que j’avais traversé semble donner à l’ouest sur un petit chemin. Alléché par l’idée de progresser sans bruit, je me dirige donc vers cette solution miracle. Mais à peine ais-je fait une dizaine de pas que des bruits de tirs se font entendre dans cette direction ! Ni une ni deux, je retourne me cacher sous ma terrasse ! C’est Alpha qui doit être en train d’engager des sentinelles. Après de longues minutes d’attente, les bruits de tir ont cessé… Mais je suis maintenant persuadé que le chemin est gardé…
Ce qui a fonctionné une fois peut fonctionner une seconde ! Je décide donc de retourner dans mon enfer de ronce. Ce n’est pas que ça m’enchante, mais je ne tiens pas à rencontrer qui que ce soit… En arrivant à la lisière du jardin, j’observe avec une certaine nostalgie le tas de fumier. Je croise alors les doigts pour que le retour se passe « aussi bien »… Sauf que des bruits de pas se font entendre à quelques mètres de moi ! Cette p****n de patrouille a fait le tour ! Il ne me reste plus qu’une solution, le chemin à 50 mètres de là ! Accroupi sous le poids de mon sac, je file à l’anglaise, et me repose à l’ombre d’un arbre. J’aperçois alors une silhouette qui traverse accroupi le jardin. Celle ci se cache quelques secondes à l’abri de la terrasse avant de s’engager sur le gravier. Mon contact, c’était Fred ! J’en suis maintenant sur ! Et bien sur, je ne peux m’empêcher de rigoler d’avance face à la suite des évènements ! Immanquablement, le sniper du binôme Alpha se dirige droit dans le faisceau du détecteur de mouvement qui illumine à nouveau les lieux ! Et tout comme moi 20 minutes plus tôt, Fred fait volte face pour se réfugier sous la terrasse.
La logique aurait voulu que je revienne sur mes pas pour traverser à nouveau les ronces, vu que la voie était dégagée. Mais attiré par le chemin comme une guêpe par de la confiture, je tente la solution « facile » du chemin. En m’approchant, je remarque immédiatement le puissant faisceau de lumière qui balaye la zone. Heureusement, le chemin fait un léger virage qui stoppe la lumière à l’embranchement. Profitant de cet atout, je m’engage vers cette ouverture providentielle… Sauf que cette entrée du jardin était barré par un grillage bas dans lequel je bute bruyamment… Immobile comme un roc, j’écoute attentivement les environs. Mais rien ne bouge. J’enjambe alors péniblement l’obstacle plus ou moins rassuré. Le repos aura été de courte durée, car la lumière se concentre maintenant sur ma position. Dans un espace de moins d’un mètre, je reste invisible dans mon ilot d’obscurité. Mais nul doute que la patrouille m’a entendu.
J’arme mon bolt en espérant fortement ne pas avoir à m’en servir… Tout d’un coup, une idée géniale traverse mon esprit : c’est le moment ou jamais d’utiliser mes grenades fumigène ! Sauf que celles ci sont enroulé dans un sac plastique, lui même dans une poche fermé par un scratch… Bonjour la discrétion pour les sortir ! Après une paire d’essais tous plus bruyant les uns que les autres, je finis par abandonner l’idée.
L’homme au spot ne semble pas très rassuré non plus. Il reste sur les hauteurs : ses ardeurs ont certainement bien été refroidies par l’échange de tir avec Fred qui avait réussi à éliminer un patrouilleur dans la nuit. A voix haute, il lance dans les ténèbres un « Petit petit petit… ». [Cette vois ne m’est pas inconnu ! Chiotte, il fallait en plus que ce soit Lionel en face !] « Petit petit petit ! Montrez vous, on est des gentils méchants… On ne vous fera pas de mal… » La situation s’envenime un peu plus lorsque le spot se rapproche vaguement de ma position…
Tout d’un coup, une rafale d’AEP traçante en bout de course vient se planter dans le buisson qui nous sépare. Tout se joue alors en une fraction de seconde où les réflexes prennent le pas sur l’analyse. A genoux, je me décale d’une trentaine de centimètres, à la limite de la zone d’ombre, et je tire une bille en plein dans le spot. Le bruit m’indique clairement que celle ci a été dévié par la végétation. Mouvement de recul en face, suivi immédiatement d’un « Oh con ! C’est des méchants gentils ! ». Mon esprit hésite alors entre le fou rire intérieur et la colère d’avoir raté ma cible, mais tranche finalement pour un réflexe de survie. En profitant de l’effet de surprise, je me lève brusquement et je me lance dans le 100 mètre le plus héroïque de ma vie. En un rien de temps, Lionel comprend le piège, et tire une rafale appuyée d’AEP. Mais le peu de distance que j’ai réussi à franchir m’a déjà mis hors de porté. Les billes phosphorescentes ricochent sur l’asphalte gravillonneuse, autour de mes jambes.
Une 30aine de mètres plus loin, je saute le fossé qui me sépare du champ labouré, et je continue mon run dans la terre meuble. Le spot de lumière a la bonne idée de se concentrer un bref instant de l’autre côté du chemin. Continuant mon sprint entrecoupé de nombreuses chutes (courir de nuit dans un champ labouré avec 20 Kg de matos sur les épaules et dans les bras, ce n’est pas vraiment évident !), je finis par m’écrouler épuisé au milieux de la terre humide. Du peu que j’aperçois la tête face à terre, la patrouille contourne le bas du jardin : ils devaient penser que j’étais en train d’infiltrer la zone, et pas en train de l’exfiltrer ! Je me relève, et très péniblement, accroupi sous mon barda, je trace droit devant moi, en direction de la lisière du bois, 200 mètres plus loin.

Encore un nouvel objectif

Quel soulagement ! Pour le coup, c’était vraiment chaud… Je reprend mon souffle et je contacte Mossy par radio. Il m’apprend qu’il est retourné dans un champ plus à l’est, par là où nous sommes arrivés à la tombée de la nuit. Je remonte donc le terrain, le regard vissé sur camp Bonnaure et ses patrouilles… Ça s’agite sec là bas, j’espère que Fred n’aura pas à pâtir de mon exfiltration mouvementée ! Il me faut un petit quart d’heure pour rejoindre mon binôme, invisible dans les hautes herbes. Je lui tends les deux cartes plastifiées tout en lui donnant l’heure et le lieu de rendez-vous, et je me vois congratulé d’un subtil : « Si j’étais de l’autre bord, je te roulerais un patin » ! Gros fou-rire nerveux : la pression retombe gentiment.
Nous nous mettons dans un coin isolé pour consulter la carte sans que notre lumière ne puisse être vue. Le PC du maquis était, comme son nom l’indique, le poste de commandement du maquis de Picaussel. Il ne se situe qu’à 4 kilomètres à vol d’oiseau… à 951m d’altitude… soit une « petite marche » de 500m ! Un sentier de randonnée, le « sentier Cathare » y grimpe de manière plutôt abrupte à en croire les lignes de niveaux ultra-rapprochées croisées perpendiculairement par la fine ligne violette… Mais pour le moment, ce n’est pas notre principale priorité. Il faut partir sans traîner, sous peine de se faire capturer par des patrouilles. Bien entendu, il est hors de question de revenir dans la plaine où nous serions beaucoup trop exposés ! On prend donc le pari d’un azimut brutal plein ouest en direction de la Métairie du Sourd. Mais au moment de quitter le champ, un nouvel obstacle vient nous barre la route : derrière un épais buisson de ronces se trouve un talus presque vertical de plus de trois mètres de haut. Nous avons beau chercher le long de la lisière un passage plus facile, il faut se résoudre à l’évidence : nous n’y échapperons pas !
Jean finit par trouver un point où les ronces sont plus clairsemées. Le vide est plutôt effrayant : de jour, l’obstacle ne serait pas vraiment contraignant, mais de nuit, ça risque d’être épicé ! Avec ses talents de chat, mon sniper prend les devants en me confiant le soin de l’éclairage et le port de sa réplique. En s’agrippant aux différents végétaux, il entame la descente. Tout se passe pour le mieux lorsque à mi-chemin, une branche casse… Et voilà mon chat qui dévale un peu plus vite que prévu le mur de terre glaise… heureusement sans dégâts ! Je fais alors glisser les bolts le long de la pente avant que Jean ne me guide à son tour. En profitant de ses bon tuyaux (revus et corrigés), je me retrouve finalement en un seul morceau, les deux pieds à l’horizontal !
Nous entamons alors notre progression dans le bois, aidé par le faible faisceau lumineux d’une frontale. Le terrain est assez accidenté, mais nous finissons par déboucher sur un grand champ pentu qui domine Camp Bonnaure. Plus de patrouilles visibles : ce n’est pas vraiment une bonne nouvelle, ils doivent être à notre recherche. En bas, c’est le calme plat. Seul des bruits de moteurs se font parfois entendre. De temps à autre, un faisceau de phare apparaît brièvement au détour d’un chemin Nous traversons donc la zone dégagée, en gravissant la pente, toujours plein ouest. Sur sa partie supérieure, le champ est bordé de sapins. Un peu plus bas se trouve une piste qui nous permettrait de progresser plus rapidement. Mais les bruits de moteur que l’on entend sporadiquement n’inspirent pas vraiment confiance. Peut être le quad a t’il largué des hommes le long des pistes ? Nous nous engageons donc dans le bois. Celui ci est plus dégagé que le précédent, et nous avançons rapidement.
Je ferme la marche, faisant entièrement confiance à Jean et son GPS pour nous guider. De temps en temps, je surveille nos arrières, et une lueur attire de plus en plus mon attention. Est-ce que je suis en train de rêver ou est-ce que nous sommes bel bien poursuivi ? L’esprit un peu embrumé par la fatigue, je tarde a avertir Mossy. Nous ne sommes sur de rien, mais par précaution, nous nous asseyons sur les épines qui recouvrent le sol afin d’écouter attentivement les bruits qui nous entourent.
Le temps passe, et durant les premières minutes, je n’entends que la respiration de mon voisin. Mais peu à peu, à travers les branches et les troncs, nous apercevons de la lumière. Une, peut être deux torches fouillent la zone. De ma main gauche, je tente de réchauffer le chargeur de mon GBB : il n’y a rien de plus désagréable dans cette situation qu’un dégazage intempestif… Maintenant, c’est une certitude, il y a du monde à une cinquantaine de mètres de nous ! Le stress commence à monter, mais étonnement, mon rythme cardiaque ne s’emballe pas. Malgré la proximité du danger, je reste étonnamment calme. Fatalisme ou concentration ? Un peu des deux certainement… Cela fait au moins 20 minutes que nous sommes assis. Nous faisons corps avec la forêt : je ressens chaque bruit, chaque odeur, chaque vibration. Le temps passe innexorablement. Mais pourquoi nos poursuivant n’approchent-ils pas ? L’inconfort de ma position me pousse à bouger légèrement, ce qui entraîne inévitablement de légers craquèlements… Jean ne dit rien, mais je suis persuadé qu’intérieurement, il me maudit une fois de plus ! Lui aussi doit souffrir de l’immobilité, mais il n’en dit rien. Alors que nos poursuivants semblent s’éloigner en gravissant la pente, une question se pose : doit on se remettre en mouvement ou rester sur place ? Rester sur place, c’est prendre le risque de perdre notre chance de filer à l’anglaise. Partir maintenant, c’est prendre le risque de faire du bruit alors que la menace est toute proche… Je rumine dans ma tête les deux solutions, sans être franchement emballé par l’une ou l’autre. Mossy tranche finalement en me glissant à voix basse : « on bouge… ».

A pas de Loup

Nous nous levons un peu courbatu par l’immobilité, et Jean se met à progresser autant qu’il peut sans lumière. Rapidement, il devient évident qu’un peu de visibilité va être nécessaire. Il allume donc sa frontale, et se « hâte lentement » à travers les broussailles. Nous faisons du bruit, trop de bruit, mais derrière nous, seul le silence et l’obscurité de la nuit nous oppressent. Peu à peu, nous nous enfonçons dans les bois. Chaque pas de plus est un soulagement, et, lorsque un bon quart d’heure plus tard nous débouchons sur un nouveau champ à flan de montagne, j’ai enfin le sentiment d’être à nouveau en sécurité.
Nous avançons de champ en champ lorsque nous apercevons de la lumière au loin. L’immobilité des points jaunes nous indique qu’il s’agit d’habitations. Après avoir franchis un dernier fossé, nous tombons enfin sur le « sentier cathare » ! Celui ci ressemble alors plus à une piste carrossable qu’à un sentier. Un ruisseau le traverse via une buse en béton. Nous nous arrêtons 5 minutes pour souffler un peu. Jean en profite pour remplir son Camel-Back pendant que je grignote une paire de barres énergétiques.
Au loin, les lumières se font de plus en plus visibles : c’est le petit village de l’Escale qui nous domine de l’autre côté de la vallée. La piste accélère considérablement la vitesse de notre progression, et, surtout, nous permet d’avancer sans lumières. Arrivés au Moulin de Labau, la piste se perd dans un champ. Nous avons un peu de mal à trouver la suite du sentier, mais après un petit examen de la zone, nous découvrons finalement un tout petit pont qui traverse un torrent. Les rambardes en métal rouillé n’inspirent pas vraiment confiance, et je traverse l’ouvrage sans regarder en contre bas… Sur l’autre rive, le « sentier Cathare » révèle sa vrai nature : dès les premiers mètres, le ton est donné. Jean jette un coup d’œil au GPS, et m’annonce : « à partir de là, ça va grimper ». Doux euphémisme… Le monotrace commence en grande pompe par une série de marches en rondins.
Une fois de plus, je suis la silhouette de mon compagnon qui éclaire le sol devant nous. Les 500 premiers mètres se font plutôt bien. Cela fait longtemps que j’ai oublié le poids de mon sac à dos, et la marche est devenu un réflexe. De temps en temps, nous osons un petit coup de lampe pour observer les environs : la forêt est ici magnifique. Le rouge des premières feuilles de l’automne tranche nettement sur le vert fluo de la mousse qui recouvre le sol.
Il doit bien être une heure du matin lorsque les choses se corsent… La pente est de plus en plus raide. Par endroits, des rambardes en bois longent des précipices de près de 5 mètres de haut. J’ai plus l’impression d’être sur une via-ferrata que sur un sentier de randonnée. Lors de certains passages, je m’aide autant de mes bras que de mes jambes pour gravir péniblement quelques mètres de plus. Les rochers sont glissant, et le parcours est franchement dangereux. Je vérifie deux fois l’accroche de ma chaussure avant de m’appuyer dessus pour franchir un nouveau rocher. Le bruit de mes semelles que je plaque au sol agace Mossy, mais j’ai beau faire, impossible d’avancer autrement sans me casser la figure. Pour autant, cela ne m’évite pas quelques chûtes ! Plusieurs fois, je me rattrape de justesse à des branches. Nous avançons très lentement. Le rythme qu’impose Jean est à la fois soutenu et soutenable, mais l’effort n’en reste pas moins intense. Je transpire à grosses gouttes dans ma gorka.
Ponctué par quelques frayeurs, les heures passent. Mon corps me donne la sensation d’être un automate, un pantin guidé par un marionnettiste insomniaque, et mon esprit en profite pour vagabonder : qu’allons nous affronter demain ? Suis-je capable de me rappeler le visage de la 3ème cible ? Arriverons nous vivants au point d’extraction ?
Il est presque 3 heures du matin lorsque la pente s’adoucit un peu. Nous nous sommes rapprochés du cours d’un torrent à sec. L’endroit étant vraiment isolé, mais aussi relativement plat, nous décidons d’y passer la nuit, où du moins ce qu’il en reste. Nous nous éloignons du sentier à la recherche du coin idéal. Au dessus du lit du cour d’eau asséché, un arbre mort est couché au dessus d’une corniche presque plate. Le tronc forme une charpente idéale pour tendre le tarp. Nous nettoyons sommairement le sol et mettons en place la toile, en espérant être protégé au mieux du petit vent glacé qui souffle à travers les branches. A la lueur des frontale, le campement est vite installé. Je bouche l’espace entre le sol et la toile avec mon sac, du côté exposé au vent. Jean commence à faire chauffer de l’eau pour sa ration. De mon côté, je suis trop épuisé pour avaler un vrai repas. Après avoir ingurgité une paire de barres énergétiques et quelques fruits secs, je me dessape rapidement, enfile des sous-vêtements secs, et me glisse sans attendre dans mon duvet. Il est 3 heures et demi du matin, et je m’endors instantanément !

En vue

Il est 07:30, et je ne suis incapable de dire si c’est le froid ou la lumière qui m’a réveillé. Pour la première fois depuis le début de l’aventure, le ciel est clair, ce qui, ajouté à l’altitude, a fait drastiquement tombé la température. En sortant de mon duvet, j’enfile donc une polaire avant de me glisser dans ma gorka autant glacée que trempée. En roulant mon matelas, je me rends compte que j’ai dormis sur un empilement hétéroclite de branches et de pierres… pourtant, jamais ce petit centimètre de mousse ne m’avait paru aussi moelleux ! Après avoir plié le tarp, nous avalons un petit déjeuné frugal, et nous nous remettons en marche. Rapidement, le pente redevient très raide, mais de jour, l’épreuve est déjà plus abordable. Plus nous montons, et plus les chênes laissent la place aux résineux. Au détour d’un virage, un superbe point de vue domine la vallée. On distingue nettement Puivert à l’horizon. La vue est superbe, mais il faut continuer la progression.
Peu à peu, la pente s’adoucit, et lorsque notre altitude a dépassé les 800 mètres, les feuilles aux couleurs chaudes de l’automne ont laissé la place aux épines et leurs reflets bleutés. Notre sentier serpente entre de grands sapins le long d’une crête. Jean commence sérieusement à être sur les nerfs. Nous marchons à 20 mètres l’un de l’autre, en espérant ne pas tomber sur une patrouille : le PC du maquis est à moins d’un kilomètre de notre position. Nous avançons donc au pas. J’ai même parfois l’impression de faire du sur place. Pourtant, Mossy me demande sans cesse de marcher moins vite.
Nous arrivons finalement à une intersection en « X ». Une piste coupe perpendiculairement notre sentier, et face à nous, un chemin grimpe de manière très abrupte à travers la forêt. Après avoir vérifié l’absence de présence hostile, nous nous engageons dans cette montée infernale. Le sol est ici particulièrement glissant, mais ce que je crains le plus, c’est d’être emporté à la renverse par le poids de mon sac. Mes jambes commencent sérieusement à tirer, mais rien que le fait d’envisager la suite des évènements me donne des ailes.
A 200 mètres de l’objectif, il nous semble apercevoir un bâtiment. Nous quittons rapidement la piste pour s’enfoncer dans les bois. Il est 09:30… l’heure est venue de nous préparer. Nous déposons les sacs, et, pour la première fois de l’OP, nous enfilons nos ghillies. Le sol couvert d’épines brunes ne colle pas du tout avec mon camouflage, il faudra donc ruser un peu. Jean se maquille le visage, et j’en profite pour en faire de même. Nos préparatifs prennent la forme d’un rituel très codifié : rituel que je commence en engageant un chargeur plein dans mon AWM. Au moment de passer à la radio, c’est le début des emmerdes : Jean a perdu la sienne ! La chute d’hier n’y est pas pour rien… Il va donc falloir bien se consulter avant de passer à l’action !
Notre plan est relativement simple : arriver sur place suffisamment tard pour minimiser les risques de se faire attraper en planque, et, surtout, attaquer par 2 positions : nous risquons d’avoir pas mal de monde en face, et il n’est pas du tout sur que l’on puisse avoir tous les deux une fenêtre de tir. Nous convenons aussi d’un signal pour le retour à la position de nos sacs : le premier qui sent que ça tourne au vinaigre, (où qui réussi la mission, sait-on jamais !) doit crier « GO GO GO ! ». A ce signal, nous devons tous les deux quitter immédiatement notre position pour s’exfiltrer rapidement. Le point d’exfiltration est justement situé à deux kilomètres à vol d’oiseau : il s’agit d’une aire de pique nique le long de la petite départementale 120, au Sud-Ouest de notre position.
D’un commun accord, nous décidons que notre peau aura plus de valeur que celle des cibles. Si la situation dérape, il vaut mieux finir entier sans toucher personne plutôt que d’accrocher un nouveau trophée au prix d’une mort héroïque.
Étrangement, le temps passe relativement vite. La fatigue n’y est certainement pas pour rien ! Sur le coup de 11:30, nous nous mettons en marche. Au bout d’une centaine de mètre, nous nous séparons. Jean attaquera par l’est pendant que je contournerais par l’ouest. Nous nous souhaitons mutuellement bonne chance, et je reprends ma progression, plus seul que jamais…
Sur la carte, il semblerait que le PC du Maquis soit une petite bâtisse, à flan de montagne, J’avance dans le bois en longeant le chemin par lequel nous sommes arrivé. Il fait beau ce matin, et la température commence même à être clémente. Plus j’avance, et plus j’ai l’impression de me tromper… L’objectif devrait pourtant n’être pas très loin ! Ce qui est sur, c’est que nous avons rêvé le bâtiment que nous pensions avoir vu ! Je m’engage donc sur le chemin qui gravi nonchalamment la pente. La piste est couverte de flaques qui s’écoulent doucement l’une dans l’autre.
Ma progression m’amène à un carrefour : sauvé, je suis donc sur le bon chemin. Le PC doit se situer sur ma gauche… La nouvelle piste monte le long d’une crête, et le terrain est donc beaucoup plus plat de part et d’autre. J’en profite pour avancer dans le couvert de la forêt. A une centaine de mètres devant moi se trouvent deux voitures et une remorque garées devant une petite bicoque… A ce moment là, j’aperçois Mossy qui traverse le chemin tel une ombre pour contourner le bâtiment. Parfait, il faut donc que je me place de l’autre côté.
La bâtisse est en effet à flan de montagne. Du côté où nous arrivons, on n’en voit que le toit. Je me glisse en rampant sous la remorque. De là, j’ai un bon point de vue sur une sorte de terrasse devant le bâtiment. J’entends plusieurs personnes parler, mais je ne vois personne. J’espère que Jean aura un visuel plus intéressant de l’autre côté… Ceci dit, ma position permet de couvrir ses arrières, et, surtout, si quelqu’un veut se replier derrière le bâtiment, il est cuit… Mais vu la distance, il va falloir oublier le bolt. Je le couche sur ma droite avant de sortir mon USP.
Au bout d’un moment, le PC commence à s’agiter. Plusieurs soldats passent sur la terrasse une dizaine de mètres en contre bas. Je prie pour que l’ombre de la remorque me fasse passer pour un arbuste… et visiblement, ça fonctionne plutôt bien !

Paroxysme

Malheureusement, aucun de mes visuels n’est l’une de nos cibles… A bien y réfléchir, cela fait au moins 6 personnes qui viennent de défiler devant moi, et j’entends encore des bruits dans la maison… Mais il y a combien de gus là dedans ? D’autres gardes sortent lorsque que j’aperçois Sebastos qui furette dans la zone… Le vieux roublard regarde fixement vers moi avant de monter dans ma direction. Sans le lâcher de ma ligne de mire, j’observe anxieusement son déplacement… Vient-il en tant qu’orga ou en tant que joueur… Une fois arrivé sur mes 9 heures, il sourit en voyant mes jambes, et fait demi-tour en direction du bâtiment… Ouf, heureusement que les joueurs sont moins attentifs !
Une paire de minutes s’écoulent avant qu’un nouveau garde pointe son nez. Cette fois ci, je le reconnaît ! C’est Fred qui a rejoint les rangs adverses… Celui ci est bien placé pour raisonner comme nous, et il s’engage donc, judicieusement, vérifier les arrières de la construction ! Je n’ai pas trop le choix, il va falloir le sortir avant qu’il ne me repère. Alors qu’il est à moins de 10 mètres de moi, je l’aligne au GBB, et je tire ! La culasse recule mollement et la bille rate sa cible ! Fred se retourne et me regarde étonné. Ne voulant pas faire plus de bruit, je lui fait signe de se mettre hors jeu avant que je sois obligé de vider le reste de mon chargeur, mais il ne me comprend pas, et fait demi tour l’air de rien… S’en suit un gros moment d’angoisse, mais, fairplay, le joueur ne dit rien. Après tout, bien qu’ayant l’avantage, je ne l’ai pas touché… balle au centre !
A nouveau, les minutes qui s’écoulent me semblent interminables… Tout à coup, j’entends un tir sec et étouffé reconnaissable entre mille : Jean vient d’entrer en scène !
De ma position, je ne voit rien du tout, mais ce que j’entends me donne une vision très claire de la situation : une sentinelle vient d’être abattue, et la chasse au sniper vient de débuter… Sauf que personne n’est vraiment chaud pour passer devant ! Les ordres fuses, et quelques gardes passent en courant sous ma position. Je rengaine mon USP en attrapant mon bolt, mais déjà les soldats ont disparu.
Un patrouilleur isolé a alors la mauvaise idée de suivre le même chemin que Fred… mais cette fois ci, j’ai le bolt dans les mains, et vu la distance, il est hors de question de s’en servir directement. Alors que la distance qui nous sépare fond comme neige au soleil, il me semble reconnaître son visage… Bouc-moustache, cheveux bruns, visage massif… C’est peut être la 3ème cible ! Dans le doute, mieux vaut ne pas le laisser vivant ! Mais la distance m’empêche de shooter.. Je prends une décision : tirer contre le mur, profiter de la situation pour reculer, et tenter d’éliminer la cible à plus grande distance…
La bille claque sèchement contre la pierre toute proche, et, comme je l’espérait, ma cible se jette au sol ! Je me dégage aussi vite que je peux de ma remorque, non sans m’y cogner sèchement, puis cours sur une dizaine de mètres en arrière, fait volte face, et plante mon œil dans la lunette ! Coup de chance, j’aperçois toujours le haut de son buste, en parti masqué par la bute qui nous sépare. Le tir n’est franchement pas évident du tout : la bille doit passer sous la remorque avant d’atteindre sa cible. Ajoutez à ça que je tremble comme une feuille sous les effets cumulés de la fatigue du stress et de la peur… Je vise aussi bas que possible pour l’atteindre à l’épaule, mais mon tir vient se planter dans la végétation. Je corrige donc en tirant un peu plus haut, mais la deuxième bille va rejoindre la première… Deuxième correction, toujours un peu plus haut. Je tremble de plus en plus, et lorsque le piston sear lâche la mécanique, je sens venir l’erreur… La bille file droit dans la tempe du joueur.
Il est amplement temps de filer ! Je crie de toutes mes forces le signal de repli, et je cours comme un lapin en m’enfonçant dans la forêt ! Dans mon dos, ça s’agite sec. Les ordres sont criés à tu-têtes : la chasse est ouverte !

Run

L’adrénaline me donne des ailes, et je me mets à dévaler la pente à grandes enjambés. Le sol couvert d’épines de sapin me donne l’impression de courir sur un trampoline. En moins d’une minute, je me retrouve au dessus le la piste qui entaille le flan de la montagne. Je saute tel un chat d’un bon mètre de haut avant de continuer ma course en slalomant entre les flaques.
Une centaine de mètres plus loin, je quitte la piste en rentrant à nouveau dans la forêt, en direction nos sacs. Avec un immense soulagement, j’aperçois Jean qui cours une cinquantaine de mètres devant moi ! Étonnamment, ce sentiment de sécurité provoque en moi une rechute monstrueuse… Tout à coup, mes jambes sont affreusement lourdes, et tous mes mouvements sont une épreuve de force. En trottinant péniblement, je finis par rallier mon binôme. A la hâte, nous expédions chacun un mini débriefing, et j’apprends alors que les 3 cibles étaient dans le champ sous le PC. Jean n’a pas pu en avoir une, mais tout comme moi, il a abattu une sentinelle.
Notre seul objectif est maintenant très simple : rallier le point d’extraction sans se faire descendre ! Sans prendre le temps d’ôter ma ghillie, j’enfile mon sac à dos. En attrapant mon snipe, je me rends compte que j’ai perdu mon bipied : le point de fixation Harris s’est sectionné net, certainement lors de mon « accrochage » avec la remorque. On pensera à ça plus tard… Jean jette un coup d’oeil au GPS, et propose un azimut brutal qui passe par un petit col dans la forêt, à l’est du Sarrat de l’Agre.
Sans trainer, nous filons à grandes enjambés à travers les bois. Le départ est très raide, et je suis obligé de retenir mon spotter qui serait bien capable, lui, de finir l’épreuve en courant ! En arrivant sur les hauteurs, nous croisons une première piste. Nous la traversons en coup de vent, et poursuivons dans des bois toujours plus denses. Je commence sérieusement à accuser les 36 heures d’action, et je freine la progression en m’arrêtant toutes les 10 minutes pour souffler un coup. Le soleil est maintenant haut dans le ciel, et la température est montée en flèche.
Notre marche nous conduit dans une dépression naturelle entièrement recouverte de mousse lorsque le bruit d’un moteur se fait entendre. Une patrouille en quad ? Instinctivement, nous nous immobilisons sur ce tapis moelleux. L’engin passe à une vingtaine de mètres de nous, sur le chemin qui nous surplombe. Après avoir attendu quelques instants, nous traversons cette nouvelle piste, et nous nous enfonçons derechef dans les bois.
Notre trajectoire à travers la forêt nous conduit enfin vers le point d’extraction, sur le plateau d’altitude en contre bas de notre position. Mais ce dénivelé négatif s’accompagne d’un changement de végétation : les sapins laissent par endroit la place aux feuillus et leurs bataillons de ronces. Souvent, il nous faut de longues minutes pour progresser de quelques mètres. Imperturbable, Jean poursuis son avancé, tant et si bien qu’en sortant d’un labyrinthe de buis, nous atterrissons sur une nouvelle piste.
Avec une pointe d’audace, nous la suivons sur une centaine de mètres avant de la quitter au niveau du col de l’Elgue. La zone d’extraction n’est plus qu’à une grosse centaine de mètres. Pour la première fois depuis le début de l’OP, j’ai enfin la conviction que je vais m’en sortir ! Le GPS égrène les mètres… 150… 100… 80… Jean lève le poing, et en symbiose, nous posons les genoux sur les épines de sapin qui tapissent à nouveau le sol. Face à nous, des voix se font entendre. Nous observons attentivement les lieux à travers nos lunettes. Des gens sont en train de préparer un pique-nique, et des enfants courent en criant gaiement. M’imaginant assez mal sortir du bois pour sauter dans une voiture au beau milieux de ce petit monde, je contacte Sebastos, l’organisateur principal, à l’aide de mon téléphone. « Oui, Séb, il va falloir déplacer le point d’extraction, il y a du monde sur place… » « Surprise ! C’est le barbecue d’arrivé ! Vous pouvez nous rejoindre, vous avez remporté le trophée ! »

Epilogue

Totalement absorbé par le jeu, j’avais absolument zappé cette possibilité ! En sortant du bois, les sacs sur le dos, les ghillies sur les épaules, le visage vert de maquillage et les bolts aux mains, nous nous sommes retrouvés face à nos ex-adversaires qui nous ont chaleureusement accueilli une bière à la main. Ouf, j’en aurais difficilement fait plus !
Je tiens à remercier très chaleureusement les plastrons qui ont joué le jeu tout au long du weekend, et en particulier David. Merci aussi bien entendu à Sebastos et toute son équipe d’orgas d’eXtremilsim : vous pouvez être sur que je signerais à nouveau pour remettre mon titre en jeu ! Enfin, remercions les communes de Puivert, Nébias et Belvis qui nous ont permis de jouer sur un terrain vraiment magnifique ! Je ne saurais que vous conseiller d’aller y randonner à l’occasion… ou tout simplement de venir participer les 1, 2 et 3 Novembre 2012 à la deuxième édition du trophée !

Alumyx

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