Retex du Challenge Cheyenne Tactical Event 2013 Chris Kyle Edition – Binome Turret / Warthog

Feedback Turret et Warthog : CTE 2013

Juillet 2012, je raconte le CTE à Turret devant un pho viet… Le concept l’emballe et il me dit qu’il signe pour 2013.
J’avais participé à l’édition 2012 avec Cassius qui entre temps s‘était exporté outre Manche et l’idée d’une revanche me tentait. Nous avions fini le challenge tant bien que mal mais sans pouvoir faire le tir final.

Mon nouveau spotter ultra motivé, la préparation s’est ensuite faite séparément. Nous réservons le numéro 9 le jour de l’ouverture des inscriptions et trois semaines plus tard, nous sommes inscrits pour de bon.
Nous jouons ensemble depuis 10 ans, on se connaît donc bien et la complémentarité des caractères et des physiques ( je suis à son opposé) risque de fonctionner.
Tout se profile bien et les détails techniques sont réglés au fur et à mesure, sans pression.

Nous arrivons vendredi 7 juin à Avignon à 13h50 pour un pick up par Bill et Crye. Une heure de route dans l’arrière pays avignonais nous mène au col des Abeilles où nous retrouvons Hydre, son binôme ainsi que Van et Nuage… Les gens que nous avons côtoyé durant le CTE2012 !
On échange des présentations et les orgas arrivent pour nous monter sur le terrain des Abeilles. Il est 17heures.

La préparation commence alors. Le passage chrony et checking du matériel obligatoire par Fabien des SAS se font rapidement. Le temps de saluer Dusty, Kekedj et les Sniperlandais du coin, nous passons à la mise en place du matériel.
Mon aps2 fait des merveilles sur le pas de tir, les trajectoires sont belles et prédictibles, comme lors des tests chez Juke. I jizz…

Toute cette préparation nous occupe jusqu’à 21 heures et nous décidons de nous restaurer. La lumière baisse et la pression monte…

Attente: 

Afin de grappiller quelques précieuses minutes de sommeil nous nous glissons dans les bivy à la tombée de la nuit.
Au bout de dix minutes, les orgas nous invitent à un apéro qui sera suivi du topo. C’est donc raté pour la sieste. Nous apprenons en chemin que 48 patrouilleurs viennent d’être déployés sur le terrain et qu’il y aura plusieurs missions.. La donne change par rapport à 2012.. et la pression continue de monter.
L’apéro dure une bonne heure et demie, nous sommes réchauffés par les histoires de Bill sur les travelos et leurs relations avec les pompiers, sur les blagues avec les rangers et les pantalons (à refaire) ainsi que sur la capacité de certains à transformer leur chambrée en box équin.. Malgré ces fous rires, le froid s’insinue..
Au loin, l’oeil du Ventoux (comprenez la station météo au sommet) continue de nous scruter, distillant la terreur et le doute malsain dans nos esprits perturbés, écrasés et dissous par un maroilles ramené par le binôme picard.. (et ouais, 16/20 au bac français.)

Après un temps infini (je reste persuadé que cela était voulu par les orgas), le topo nous est donné par Fabien.
Nous ne le savons pas encore mais le recroiserons dans un contexte beaucoup plus dramatique dans quelques heures.
Il est minuit, la sauterie se termine et nous filons de nouveau sous nos sacs Goretex, espérant qu’il nous reste deux bonnes heures pour ronquer (comme en 2012).
Malheureusement pour nous, cette année, Greg Hanson et ses copines en avaient décidé autrement…

Perdus dans la nuit:

1 heure du matin : un cri déchire la nuit provençale où cigales et grillons s’adonnent à une parodie de Hell Fest sponsorisée par Pagnol.
 « Binôme 9 , 10, 11 , avec moi! »
Le CTE commence pour de bon. Les bivy sont rangés en vitesse et nous rejoignons dans l’obscurité Loic, orga de Sud Airsoft. Il nous demande de le suivre et nous nous enfonçons dans la garrigue, de nuit en file indienne.
Petit détail cocasse : après le topo, l’orga nous a demandé de lui remettre nos répliques longues. La première phase de la compétition se fera avec juste les paquetages et un lanceur compact… Nous avions été prévenus quelques jours avant sur le forum sans plus de précision.
Après 10 minutes de marche, Loic nous demande de le suivre et fait signe aux autres binômes de l’attendre. Nous faisons 100 mètres à gauche, sur un sentier forestier. Il nous remet une enveloppe. Il nous faut disparaître avant qu’il ne repasse. Nous nous décalons donc de 200 mètres dans la garrigue, 
Elle contient deux photos agrafées à une feuille : RDV en civil aux coordonnées 31T684433 4891346 (UTM) à 11h00. Le contact devra être bref et aucune réplique visible quelle qu’elle soit.

Nous sommes à 5,52km à vol d’oiseau du lieu de rdv, un lieu dit appelé Les Estabeaux, au sommet d’une colline au pied de la face sud du Ventoux.

Hanson a été clair : choisir la facilité en passant par les chemins type GR serait une grave erreur car les patrouilleurs pourraient aisément nous tomber dessus et provoquer notre élimination. Avec Turret, nous choisissons un azimut Nord Ouest brutal qui nous obligera à se taper du dénivelé régulièrement mais qui nous assurera surement une plus grande sécurité…

Un Chalet trop loin :

Le CTE commence donc. A peine la topo gérée et l’azimut décidé, nous percevons des bruits autour de nous, le binôme 10 est déjà en chemin..
Turret passe devant.
Nous nous attaquons à plusieurs cotes bien raides, la progression est difficile mais se fait à un rythme rapide. Se balader en pleine brousse de nuit se révèle très bruyant cependant, le terrain est recouvert d’arbres morts, de pierres et de broussailles sèches. Mon binôme avance très vite, ses foulées étant proportionnelles à son gabarit.. je peine derrière lui dans les combes.
9 heures et quelques nous séparent du rendez vous, ce sera largement suffisant en théorie.

Vers 3h00 nous arrivons finalement au sud est de la Fon d’Angiou en rejoignant le GR91.

Arrivés au fond de la vallée, nous apercevons des lumières mobiles. Éteignant les frontales, Turret sort le P226, moi le Mk23, nos Surefire dans la main prêtes à fonctionner. Accroupis sur le bord ouest du chemin, à l’orée des pins, nous restons immobiles alors que deux silhouettes approchent nonchalamment. Turret actionne sa lampe au dernier moment : nous surprenons le binôme 2. Après quelques échanges cordiaux, nous reprenons notre marche vers l’Ouest puis le Nord. L’idée est d’arriver à 200m à l’ouest du chalet Reynard pour ensuite contourner l’objectif par le Nord.
Le soleil commence à pointer, il est 5h15.

Arrivés dans une clairière, nous décidons de dormir à l’orée de cette clairière en pente légère. Le sol est herbeux, souple et peu humide, ce sera parfait pour se reposer. Nous prenons une heure quinze minutes de repos, nous dormons assis, calés contre les sacs. Mon sommeil est léger mais permet au cerveau de se relâcher un peu. A la fin de cette pause, nous engloutissons quelques fruits secs et repartons direction nord ouest.
Le rythme est toujours aussi soutenu et la vigilance remontée d’un cran avec l’arrivée du jour.
Chaque route traversée, chaque chemin croisé nécessitent une attention particulière, d’autant plus que des bruits d’engins motorisés se font entendre régulièrement.
Vers 8h00 nous émergeons à 300m à l’ouest du Chalet Reynard. Des véhicules sont visibles aux alentours, nous décidons alors de nous décaler afin de ne pas être visibles. Notre objectif (théorique) apparaît enfin sur notre gauche, à l Ouest : une cabane au somment d une « colline » au pied du Ventoux.

Deux options s’offrent alors à nous : soit une route carrossable partant d’abord à l’Est qui nous permet d’arriver au Nord soit couper plein Nord à travers une combe de 50m de dénivelé, très raide, constituée de pierres. Dans les deux cas, nous serions visibles.
Nous optons pour la combe : plus risquée physiquement mais l’interception par les patrouilleurs sera plus difficile que sur un chemin .
La descente est longue, ponctuée de glissades et d’injures étouffées..
Arrivés en bas nous nous enfonçons rapidement dans la forêt et approchons l ‘objectif comme prévu par le Nord.

A 9 heures, nous sommes à 80m de l’objectif. Les sacs sont posés à l’orée du bois et nous décidons de bivouaquer sommairement afin de récupérer en attendant l’heure de rendez vous. Turret s’endort rapidement pendant que je surveilles les environs. Au bout d’une vingtaine de minutes, des bruits réguliers de marche se font entendre. Il m’est impossible de localiser précisément leur origine et encore moins le nombre d’individus.
Le temps passe et je commence sérieusement à me crisper sur la poignée du Mk23. Vers 9h45, une silhouette apparaît dans la plaine à 20m.. Elle longe la lisière, sans précautions. L’individu débarque à 10m , à mes 2 heures : il s’agit de Nuage …

Je l’interpelle discrètement.
Il m’apprend qu’il avait rendez vous à 9h30 mais qu’il n’a trouvé personne, idem pour Van qui a quadrillé la zone. Nous nous déplaçons vers la plaine où finalement Van puis Babaz et Yoharusame nous rejoignent.
Après contact par téléphone portable, nous apprenons par l’orga qu’il y a eu une erreur de coordonnées : notre objectif est à 800m à l’Est, c’est le Chalet Reynard….

Le Rat

Forts de cette info et ayant appris par les orgas qu’il n’y aurait pas de pénalités, nous partons à 6 vers le chalet. Après 1 km sur un chemin forestier nous émergeons près d’une route où un membre de l’orga (impossible de retrouver son pseudo) embarque trois d’entre nous pour nous remettre les enveloppes du deuxième objectif.. Les répliques ne sont toujours pas en notre possession…..
S’en suit une petite pause topographie et restauration et nous repartons vers notre nouvelle destination après avoir salué nos camarades.
Il s’agit de rejoindre un lieu-dit : Le Rat, au Sud Est . Il est à 3,3km à vol d’oiseau de notre position. Il va falloir encore ruser pour y aller : couper à travers champs va s’avérer physique. Nous décidons de longer des chemins balisés pour ensuite couper et gagner une bonne heure de marche. Une heure trente nous sera nécessaire pour atteindre cette position.

Élément non négligeable de cette étape : la météo s’assombrit copieusement. On passe d’une douce matinée de Provence à un ciel bas, un vent qui souffle dans le relief. Le soleil disparaît et la température descend de plusieurs degrés : la pluie et le sale temps promis par nos applis météo nous seront donc servis sous peu. Les choses sérieuses vont réellement commencer et ce ne sera que le début, mais nous ne le savons pas encore.
Le point de rendez vous est une petite habitation où Greg et Fabien nous attendent. Deux autres binômes sont présents : Kekedj avec son spotter ainsi que Max et Djerider dont nous apprenons leur élimination cette nuit lors d’un engagement musclé par les patrouilleurs.
Turret et moi comprenons alors que ces deux premières séquences consistaient à passer au travers de lignes ennemies..
Fabien nous remet une enveloppe avec plusieurs documents :
Un ordre de mission d’élimination. Nous devons neutraliser un certain Fabio Liliput dans un lieu précisé sur un extrait de carte IGN entre 20h30 et 20h50 ce soir. Nous devrons fouiller les cadavres à la recherche de documents sur notre mission suivante.

Un ordre de mission pour notre cible principale : Lars Caterpil. C’est donc ce guignol que nous devrons dessouder le lendemain.

Greg nous remet ensuite nos lanceurs en soulignant que maintenant, nous pouvons engager et être engagés à tout moment.
Retrouver nos lanceurs nous motive d’autant plus. La perspective d’avoir à shooter non seulement une cible papier mais aussi une cible mobile nous regonfle à bloc…
L’azimut de départ est brutal : Sud est au maximum afin de très vite arriver à l’altitude maximum et d’éviter les chemins et autres GR…

Deux erreurs et un pin

Et c’est reparti pour du relief. Nous coupons dans la forêt en essayant de maintenir un niveau élevé de vigilance. Le ciel devient de plus en plus bas, la menace d’une grosse rincée se profile clairement.
Malgré l’accumulation de fatigue physique, le moral reste bon, nous sommes motivés par cette mission d’élimination.
Notre progression avance bien et nous avons largement le temps pour nous organiser et préparer un plan pour notre assassinat.. Arrivés dans une plaine parsemée de petites buissons épars et de pins, j’aperçois à 50m sur nos 11 heures une silhouette accroupie qui nous tourne le dos : je préviens Turret, 5 mètres devant moi . Nous nous allongeons dans les herbes.
Il s’agit d’un patrouilleur qui semble assez préoccupé par quelque chose en face de lui. Un de ses coéquipiers apparaît à sa gauche dans la foulée. Ils semblent tous les deux aux prises avec un binôme : ça hésite, ça vise, ça se met à couvert.
L’idée de les sortir par un tir bien placé dans le dos me passe par l’esprit mais Turret me fait remarquer à juste titre que c‘est franchement risqué, voire complètement stupide. En effet, nous n’avons pas été détectés jusqu’à présent et si il y a d’autres adversaires dans le coin, nous serons vite dépassés et éliminés.
Il est donc décidé de se décaler d’une centaine de mètres à l’Ouest et laisser ce petit groupe continuer leur partie de chat-bille.

Nous quittons au plus vite cette plaine dégagée pour nous enfoncer dans un massif de plusieurs collines au Nord Est de notre futur objectif de mission. Arrivés au sommet d’un reflief, la pluie commence doucement à tomber. Nous sommes fatigués et décidons de faire une pause sous la frondaison d’arbres qui nous offrirons une bonne protection contre la pluie qui s’intensifie. A peine les ponchos et sur sacs enfilés, nous nous endormons, bercés par la pluie, assis contre les sacs et les racines. J’essaie de protéger le mieux possible mon cher APS2 de toute cette eau, ce qui n’est pas forcément évident.
Il est 15 heures 30, nous sortons de notre petite sieste. Nous avons dormi 1heure, ce qui n’était pas un luxe au final. La pluie s’est intensifiée…..

Aparté technique : contre la pluie, j ‘ai opté pour une solution en deux parties : un poncho individuel et un sursac.

Turret lui, a opté pour un poncho US, couvrant le corps et le sac. Cette dernière solution me semble la plus efficace finalement même si l’accès au chest rig ou au sac à dos devient plus compliqué. Le sur sac ne couvrant pas les bretelles, l’eau a diffusé par capillarité jusque sur le compartiment principal…

La progression reprend donc son cours. Nous passons au travers de hautes herbes détrempées et le Goretex de nos chaussures commence à ne pas aimer, idem pour les pantalons en rip stop.. Plusieurs fois nous sommes forcés de nous arrêter, des véhicules passent à proximité de notre position.
Nous croisons même un P4 qui s’arrêtera à 20m sur notre droite près d’un 4×4 que nous soupçonnons appartenir à l’orga. Nous devrons le contourner et vérifier que personne ne traîne dans le secteur.

Le rythme de progression est toujours bon mais la pluie nous refroidit physiquement et les chaussures commencent sérieusement à ressembler à des aquariums. Les pentes garnies de racines et de pierres glissantes s’enchaînent. La tension, l’effort physique et l’humidité jouent sur ma patience et ma concentration. Je commets deux erreurs d’appréciation du relief et d’orientation, nous engageant deux fois d’affilée sur des pentes qu’il faut gravir puis redescendre… Ces manques de lucidités me font décider de rejoindre un chemin au fond de la vallée sur 200m afin de reprendre un peu d’énergie et de remettre les choses à plat.
Nous avions décidé après la sieste de réaliser un bivouac à 300/400m de l’objectif afin de poser les sacs et de pouvoir accomplir la mission sans contrainte et ensuite d’y passer la nuit pour repartir le lendemain tôt, en espérant que notre dernier objectif soit relativement proche. Ce point de bivouac serait au Nord des Boyers.

Après presque 200m sur le chemin nous arrivons à une intersection , nous tournons à droite. J’aperçois au loin (50m) un pin d’une trentaine de mètres couché , suspendu à un bon mètre du sol sous lequel on distingue des masses vert olive, immobiles. Nous approchons sans réelle précaution. Il m’a semblé cependant les avoir surpris un peu (j’aimerais bien savoir ce qu’il en était réellement). Nous passons devant eux, ils réagissent un peu et nous demandent qui nous sommes. Nous répondons, et continuons. Je les entends parler et après les avoir dépassés de 10m, ils se lèvent et nous braquent, nous intimant l’ordre de mettre les mains en l’air et de ne plus bouger. La pilule est difficile à avaler mais c’est le jeu. Nous aurions dû nous méfier. Les patrouilleurs prennent notre numéro de binôme, en réfèrent à l’orga et nous laissent repartir…. Ouf.

Judas.

Vexés comme des poux, nous repartons vers l’ouest pour établir un bivouac. Nous ne sommes plus dans la compétition à proprement parler mais nous pourrons toujours faire notre tir final. A mon sens c’est l’essentiel. L’aventure et le défi physique sont les premières motivations de ce genre d’événement, un classement étant la cerise sur le gâteau (appertisé, ça va de soi..).
Arrivés plein Nord de l’objectif, le bivouac est installé. Une bâche de 4 mètres par 3 en toile de tente, tenue par de la paracorde. Nous avons enfin un abri pour mettre le reste du matériel sec à l’abri, il est 18 heures.

Turret contacte l’orga par radio pour avoir des nouvelles du challenge, afin de savoir si tout est maintenu. En effet, le temps ne s’améliore pas. Greg nous confirme tout ça. A ce moment, nous avons eu un regain de moral, je ne saurai pas l’expliquer. Nous nous sommes refocalisés sur notre prochain objectif , décidés à finir le challenge, coûte que coûte.

Le temps de se sécher un peu les pieds, de manger, nous nous préparons pour la mission. Je fais quelques tirs avec l’aps2 afin de vérifier si les réglages ont supporté cette humidité et ce froid. Horreur.
Mes tirs sont irréguliers et ma précision ne dépasse pas 40m..Ça vole dans tous les sens, le side spin est trop important. Je pense que le joint s’est refroidi , entrainant un effet différent… Je rerègle comme je peux le hop up mais ce n’est qu’un compromis. Je verrai bien et je m’adapterai tant bien que mal.
19h30, nous nous mettons en route. 400mètres nous séparent de la zone de rencontre entre Liliput (Fabien) et son complice. Arrivés à 20heures, la zone est calme. Le soleil commence à baisser et le temps se dégage : la visibilité sera meilleure.
Le plan est le suivant : je serai placé à l’ouest, à 50mètres du virage qui est très dégagé. Turret sera à l’est, à 15 mètres du virage, prêt à intervenir dès que la cible sera au sol. Nous n’avons aucune idée du nombre de personnes que nous allons rencontrer.

Je suis au pied d’un arbre très large, en léger surplomb. Mon visuel est excellent sur tout le virage ainsi que la route qui vient du Sud.. Le créneau horaire est enfin atteint. Il ne se passe rien jusqu’à 20h42. Je vois alors deux silhouettes descendre la route du Sud vers le virage. L’un d’eux est asiatique. L’autre est donc ma cible, habillé en DPM anglaise avec une smock et un grillage facial. Je suis à contre jour, ils ne me verront pas, surtout à cette distance.
Au moment où ils me tournent le dos dans le virage, le premier coup part. Liliput le prend dans les reins et s’effondre. Je tire une deuxième fois, le side spin contourne son acolyte, et la troisième bille est la bonne. Le deuxième individu va faire un bisou aux cailloux.

Intérieurement j’exulte. A peine m’être levé pour aller fouiller les cadavres que Turret bondit des fourrés. Je sécurise la portion Sud de la route pendant que mon binôme fouille les deux cibles. Il trouve l’enveloppe nous étant adressée et nous disparaissons vers notre bivouac.
Le retour au camp est rapide , nous sommes regonflés à bloc. Nous en oublions presque les chaussures trempées et les pieds gelés. Le temps s’est même amélioré, le ciel se dégage doucement.
Caterpils va croquer chaud demain…

Nous ouvrons l’enveloppe :

Rdv donc à 1,4km du bivouac le lendemain pour un tir entre 9h20 et 9h23.

Milgrad et low crawl

La dernière phase du Challenge se présente donc. La nuit est fraîche mais réparatrice et 6 heures de sommeil nous suffiront largement pour récupérer et avoir les idées claires.

A 6heures nous nous levons. Le plus difficile est d’enfiler des chaussures encore trempées et gelées. Ce moment désagréable passé, nous faisons chauffer nos petits déjeuners appertisés pendant que nous nous attelons au démontage du bivouac. Ce repas chaud nous donne un sérieux coup de latte pour repartir.

A 7 heures et quelques nous partons pour l’objectif.
La progression est lente , elle est ponctuée de vérifications de la topo afin de ne pas perdre de temps.

Notre plan est de poser les sacs à 200m de l’objectif au nord Ouest et de partir avec le minimum ensuite : eau, un peu de nourriture et de quoi nous défendre.
Notre progression est marquée par le passage de deux bouquetins ou assimilés qui débarquent à 15 mètres par la gauche.
Alors que nous approchons sérieusement de la zone cible, un baraquement apparaît sur notre gauche à 50m. Impossible de savoir si il est occupé. Une bâche sert de paroi. Une bille est tirée pour observer d’éventuelles réactions. Rien ne bouge… Nous apprendrons plus tard que la cabane était pleine de patrouilleurs qui dormaient. Encore une initiative peu brillante de ma part. La situation aurait pu dégénérer.

Le fameux drapeau américain apparaît enfin à 100m au Sud. La cible est à ses pieds, elle est seule, c est forcément la nôtre ! Il semblerait qu’elle soit orientée au Sud/Sud Ouest. Envisager un tir de dos n’est pas possible car les couverts sont inexistants sur cette face.
Nous cachons nos sacs et décidons un contournement par l’ouest qui correspond à un sous bois dense…
A peine entrés dans la végétation, les patrouilleurs apparaissent de partout. Par groupe de trois ou quatre ils passent dans toutes les directions. Turret est passé devant pour trouver un axe de tir pendant que je végétalise ma tenue. Le milgrad est efficace mais l’ajout de branches de pin tombées au sol m’apportera un camouflage plus adapté.
Mon binôme revient vers moi après 20 minutes pour me signaler qu’il a trouvé un axe intéressant. Je le suis donc.

Après quelques minutes d’approche discrète, nous arrivons dans une petite clairière tapissée de pierres et d’épines de pin qui donne sur la cible. Le terrain est légèrement pentu et ce n’est pas en notre faveur. Un couloir d’au moins 50m donne sur notre objectif, quelques branchages obstruent à mi hauteur la visibilité.
Turret me propose de me placer à cette distance, sous un arbre. Sur le coup, n’ayant pas confiance en mon camouflage et du fait de la présence accentuée de patrouilleurs dans le secteur (un vrai défilé au pied de notre cible), je décide de soit me placer plus en arrière (au pied d’un buisson plus fourni, plus sombre) ou soit de me décaler à l’Est, avec une angulation de 20°.
Après analyse du terrain et des couloirs de tirs, je retiens la première option. Je me prépare à contourner par le sud pour me replacer dans le premier couloir de tir pendant que Turret se place à 10 mètres de moi, à l’Est pour me couvrir.

Commence alors un low crawl comme on les aime où la peinture du bolt déguste, l’hydra pouch végétalisée se prend dans tout ce qui passe et les pierres du sol paraissent plus nombreuses et coupantes que dans n’importe quelle combe descendue ou montée ces dernières 24 heures.
La cordura du sniper pant et de la mamba suit me permettent de limiter la casse. Je finis enfin par me placer en face de la cible.

Il reste 15 minutes environ avant le début du créneau de tir. On peut entendre les patrouilleurs passer non loin, j’en vois d’autres stationner au pied de notre morceau de papier. J’aperçois Blackhawk à gauche du drapeau, scrutant autour de lui. Il ne bougera plus jusqu’à la fin…

Turret se tient prêt et me donne départ du créneau de tir. Il me donnera un top toutes les 20 secondes pour avoir une idée du temps restant.

9h20 : c’est parti. Ces trois minutes passent à une vitesse ahurissante. J’ai du mal à voir la trajectoire de mes billes. Je les vois monter fortement, conséquence de mes modifications de la veille. Le temps s’étant réchauffé, il aurait fallu tout remodifier à mon avis. Je compense tant bien que mal. Au 4eme tir, j’entends un impact net. J’ai touché quelque chose, mais quoi ?
J’aligne en tout 8 tirs sur 3 minutes.
Un coup de sifflet retentit pour signifier la fin du créneau et par la même la fin du CTE 2013

Conclusion

Au coup de sifflet, Turret se lève pour aller signaler ma position aux orgas. Un patrouilleur s’approche tranquillement avec un appareil photo, je reconnais alors Simon, croisé l’année dernière juste après notre fenêtre de tir.
Un deuxième orga arrive puis un troisième avec un télémètre. Ils mesurent 71 mètres…
Je me suis acharné à tirer une cible à plus de 70 mètres alors que mon bolt n’était pas à son avantage et en devers, tout cela parce que je ne croyais pas en mon camouflage. Je repasserai pour l’estimation de distance et mon aptitude à me dissimuler.
En discutant avec BlackHawk, j’apprends qu’ils ne m’avaient pas détecté et que même si je m’étais placé 15 mètres plus en avant, j’aurais été invisible.. Il me reste donc plein de choses à apprendre.

Nous apprenons qu’il ne reste que 3 binômes en tout et que les deux autres ont touché leurs cibles. Mon impact est localisé à 25 cm au dessus du crâne de Lars Caterpills, soit une des lattes du cadre. Ce dernier a donc eu droit à une nouvelle coupe de cheveux mais se balade toujours main dans la main avec l’Architecte. Monde de merde.

– Warthog –

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4 Responses to Retex du Challenge Cheyenne Tactical Event 2013 Chris Kyle Edition – Binome Turret / Warthog

  1. super retex, quel est le pants du sniper ? Turret t’aurais pu mettre des gants!

  2. Joli feedback !
    J’ai bien ri du tir sur la tente des plastron Smilie: :D

    Straken 30 says:

    Super retex et beau boulot, osé le tir à 72m

    2 ans à lire des retex de CTE, de brvet Xmilsim à me préparer

    L’an prochain je serai de la partie Smilie: :)

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